La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE dans un but d'instruction mutuelle. Des gens s'assemblent, lisent, causent, et finalement s'organisent dans ce but : voilà la véritable université. Les théories philosopha-pédagogiques prétendent résoudre la question: « Comment former le meilleur homme? » d'aprés une certaine éthique élaborée par une certaine époque et reconnue indubitable. Platon ne doute point de la vérité de sa morale; sur elle, il édifie son éducation et sur son éducation, sa cité. Comme Platon, tous les philosophes pédagogistes cherchent le problème et le but de l'instruction dans l'éthique, - les uns la considèrent comme une science spéciale et définie, les autres, comme une science éternelle élaborée par le genre humain. Mais a cette question : « Que faut-il apprendre, et comment? >> aucune théorie ne donne une réponse positive. Toutes les théses vont se contredisant et s'écartant de pl us en plus. Les théories les plus diverses, les plus opposées surgissent simultanément, sans que l'une l'emporte sur l'autre, et nul ne sait ce qui est faux, ce qui est vrai. Nul n'est satisfait de ce qui existe; et nul ne comprend qu'il faut du nouveau, que le nouveau seul est possible. Toutes les théories pédagogico-philosophiques ont pour but et pour tâche la formation de gens vertueux. Mais la notiot1 de la vertu, ou demeure au même point, ou se déYeloppe infiniment, et malgré toutes les théories, la décadence et la splendeur de la vertu ne dépendent nullement de l'instruction. Chaque penseur exprime seulement ce que sent son époque; et c'est pourquoi l'instruction de la jeune génération conformément a cette conscience est absolument superflue, - cette conscience étant déja innée a toute génération vivante. N'est-il pas évident que les programmes d'études de nos établissements supérieurs apparaîtront dans le vingt et uniéme siécle aussi étranges et inutiles que nous le semblent maintenant les écoles du Moyen-Age? Il est bien facile de tirer cette conclusion : si, dans l'histoire du savoir humain, il n'est po:nt de vérité absolue, si les erreurs vont se succédant l'une a l'autre, alors sur quel fondement forcer la jeune génération a s'assimiler des connaissances qui seront certainement reconnues fausses un jour? Notre connaissance imaginaire des lois du bien et du mal, l'action qu'en vertu de ces lois nous prétendons exercer sur la jeune génération, n'est, la plupart du temps, que la résistance au développement d'une conscience nouvelle que notre gcnération n'a point élaborée, mais qui s'élabore dans la jeune génération; c'est, pour l'instruction, un obstacle, non un auxiliaire. L'instruction marche dans sa voie, indépendante des écoles. Là où la vie est instructive, le peuple en général est instruit. Plus un peuple s'avance dans la voie de l'instruction générale, plus l'instruction se retire de l'école dans la vie, jusqu'a réduire à rien le

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