TOLSTOI ET LA QUESTION SOCIALE 437 -------------------------- porte que lui-même, sa nature impressionnable, et la certitude que l'école lui sera aujourd'hui aussi joyeuse qu'hier, qu'il ne songe à la classe qu'au moment ou elle commence. Jamais de reproche de la part du maître. L'école ne doit ni punir ni récompenser, elle n'en a pas le droit; sa meilleure police et administration consiste à laisser aux élhcs liberté absolue d'apprendre et de s'arranger entre eux comme bo11 leur semble. Tolstoï s'insurge également contre l'instruction primaire, contre l'instruction secondaire « avec son latin » et contre les universités . avec leur radicalisme ou leur matérialisme. Les universités modernes ont été fondées, en partie pour les besoins du gouvernement, en partie pour la société, dite supérieure. Les gouYcrnements réclamerent dei fonctionnaires, des juristes; pour les préparer, les universités se fondèrent. La société, dite supérieure, réclame aujourd'hui des libéraux sur un certain modèle; les universités lui en préparent de tels. Le mal est seulement que les vrais besoins du vrai peuple ne sont pas satisfaits. Les uniYersités officielles sont des établissements qui ne différent .en rien des corps de cadets. De même que les corps de cadets préparent des officiers, de même les universités pr~parent des fonctiontionnaires. Les écoles supérieures forment non pas des hommes mais des castes. Les uniYersités modernes, si elles ne sont pas absolument libres, n'ont d'autre fondement que l'arbitraire et elles sont aussi monstrueuses que les écoles des monastères. La société privilégiée, par son université, élève les enfants dans des notions contraires au peuple, à toute la masse du peuple,. sans autre justification que son orgueil. C'est dans l'organisation <le l'université moderne que se trouve la racine du mal, - le despotisme de la société contre lequel on n'a pas encore levé la main. Voyez l'étudiant, arraché à sa maison, à sa famille, jeté dans une ville inconnue et remplie de séductions pour sa jeunesse, sans guides, sans but, se désintéressant du vieux sans s'attacher au neuf. Il advient de ces jeunes gens ce qu'il en doit advenir : ou des fonctionnaires du gouvernement, ou des fonctionnaires- professeurs, ou des fonctionnaires-littérateurs, ou des êtres arrachés sans profit de leur milieu précédent, mêlés à une jeunesse pervertie et qui ne trouveront point pour eux une place dans la vie, et qui deviennent aigris, malades, mécontents. L'université prépare, non les esprits dont a besoin le genre humain, mais les esprits dont a besoin une société pervertie. L'organisation des universités repose tout entière sur des fondements faux. Cette université-là est seule compréhensible, qui répond à sa définition, à son idée fondamentale : une assemblée de gens
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==