LA REVUE SOCIALISTE du caractère de celui qui s'instruit. Cette non-intervention s'obtient en laissant à qui s'instruit l'absolue liberté de recevoir à sa guise tel ou tel enseignement qui répond à ses besoins et à ses désirs. Les cours publics, les musées sont les meilleurs modèles des écoles qui n'interviennent point dans l'éducation. L'enfant n'est jamais le même à la maison et à l'école. Tandis qu'à la maison c'est un être content de vivre, désireux d'apprendre, le sourire aux yeux et sur les lèvres, qui cherche en tout l'instruction, qui exprime clairement ses idées dans sa langue, à l'école il se transforme en un être accablé, comprimé, avec une expression de fatigue, d'épom·ante et d'ennui, qui répète du bout des lèvres des mots étrangers dans une langue étrangère, - être dont l'âme, comme un escargot, se retire sous sa coquille. Il suffit d'observer ces deux états pour savoir lequel des deux est le plus propice au développement de l'enfant. Cet étrange état psychologique consiste en ceci, que toutes les facultcs supérieures - imagination, génie créateur, dignité individuelle- cèdent la place à d'autres facultés semi-animales : prononcer les sons sans égard pour le sens, subir les mots sans permettre à l'imagination de les vivifier par des formes, en un mot, étouffer en soi toutes les hautes facultés pour n'y développer que l'hypocrisie, ·le mensonge, la stupidité. En outre de ce mal négatif, - !'instinctif dégoût des enfants pour une instruction qu'ils recherchent a la maison, - l'école est nuisible physiquement, pour le corps, si intimemet11t lié à l'âme dans le premier âge. Il ne faut pas envisager l'école comme une compagnie disciplinée de soldats, que commande aujourd'hui un lieutenant, demain un autre. Pour l'instituteur familiarisé avec la liberté de l'école, chaque élève a son individualité propre. Il y a dans l'école quelque chose d'indéfini, qui échap.pe presque entièrement à l'action du maître, quelque chose d'absolument inconnu à la science pédagogique et qui constitue néanmoins le fond même du succès de l'enseignement : c'est l'esprit de l'école. Cet esprit est soumis à des lois certaines et à l'influence négative du maître, c'est-à-dire que le maître doit s'abstenir de certaines choses pour ne pas détruire cet esprit. Que dans le monde qu'on appelle pratique, dans le monde des Palmerstons et des Caïns, dans le monde qui tient pour raisonnable, non ce qui est raisonnable, mais ce qui est pratique, que là les gens, punis eux-mêmes, s'arrogent, le droit et le devoir de punir. Les enfants, êtres simples, francs, doivent rester purs de mensonge, de cette criminelle croyance en la légitimité du châtiment, d'ou il suivrait que la vengeance est juste dès que nous l'appelons punition. Point de leçon: ee qu'il a fait hier, il n'est pas obligé è.e s'en préoccuper aujourd'hui. Qu'ïl ne se torture pas l'esprit pour la leçon qui va venir, qu'il n'ap- '
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