La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

432 LA REVUE SOCIALISTE ter que notre armée que, le matin même, nous eussions rejoints avec plaisir, fùt encore capable de soutenir une résistance efficace; si elle ne voulait pas se laisser couper par les troupes prussiennes et impériales à leur poursuite, elle en était réduite a se réfugier sur le territoire suisse. Tout le long de la frontière suisse, se pressaient déjà des fuyards, et toutes les troupes de la Con fédération y étaient concentrées pour procéder à leur désarmement. Outre les fusils et les armes blanches, lesnàtres possédaient une importante réserve de munitions et tout un matériel d'artillerie; nous n'ayions pas perdu un seul canon. Notre artillerie, a ,vagha:usel et à Rastatt, s'était montrée avec évidence supérieure à celle des Prussiens; a Oos, nous avions même pris un canon Mœrser apporte en Suisse comme trophée de Yictoirc. Nous n'avions aucune envie d'assister au désarmement qui dura du 6 au 1 I juillet, jour où Sigel passa le Rhin a Eglisau. Ainsi, me voilà encore en exil. Même en admettant la possibilité d'une revanche, - le drapeau de la Révolution ne flottait-il pas victorieux en Hongrie? - aucun de nous ne croyait la chose réalisable du jour au lendemain. Il fallait prendre u11edécision. Quefaire? (1) De quel côté se tourner? Aller à Zurich, où la plupart des nôtres se dirigeaient? Je ne pouvais y penser, le gouvernement m'ayant chassé du canton aprés l'émeute de septembre. Bâle n'en valait pas·la peine. Berne et Lucerne n'avaient aucun attrait pour moi. Restait Genève; à Genéve donc! Comment avais-je pu hésiter un seul instant? Elles brillent cependant entre toutes les belles villes de la Suisse, elles rayonnent au loin, ces deux sœurs jumelles : Zurich, avec son lac d'émeraude, véritable bijou a la poitrine d'une jolie femme ( qu'on me pardonne l'audace de cette métaphore, le bijou est certainement plus gros que la poitrine où je l'accroche) et, sur le même rang, Genéve avec son lac bleu, plus bleu que l'azur du ciel, ce Léman, image reduite de la mer gréco-italienne, mais d'une égale beauté. Zuricb, la Yille de Zwingli, le plus grand et le plus courageux des réformateurs, qui non seulement par la parole, mais encore par l'effusion de son sang sur les champs de bataille, enseigna sa foi; Zurich, la ville où Klopstoch découvrit le germanisme sain, alors impossible à trouver en Allemagne, où jaillit la fontaine de Jouvence ·qui rajeunit la littérature caduque de l'Allemagne; Zurich, - depuis qu'en Allemagne l'esprit du peuple, mis er1 éveil, luttait contre la prudence sénile et le gouvernement des vieilles perruques, - deYenu l'asile hospitalier à tous les nincus de l'Allemagne. Genève, la ville de Calvin, du sombre et fanatique croyant, qui fit de l'homme un jouet sans volonté d'un destin plus crnel que celui (1) En français dans le texte.

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