43o LA REVUE SOCIALISTE shérement gardée, et nous n'y trouv:hnes pas les gardes nationaux sur lesquels nous avions compte. Le maire, ceint de son écharpe bleu-blancrouge, nous reçut à la tête d'un détachement de gendarmes: « Vous êtes fugitifs? Nous avons l'ordre strict de ne laisser passer aucun fugitif de B.1de. \·ous de,·ez rebrousser chemin.» Le maire parlait un allemand mitigé de patois alsacien; pourtant il ne semblait pas si méchant que ses paroles. « Vous ne voukz pourtant pas nous livrer aux Prussiens?» Cc mot produisit son effet, et l'on parlementa. Struveavait été toutde suite reconnu; il anit l'air très pacifique et sa femme n'avait pas la tournure d'une amazone. Sans plus, il leur fut donc permis de prendre une voiture et de partir pour Bàle, accompagnés d'un gendarme. Jusqu'ici, trcs bien. Mais nous autres, n'avions pas la mine faite pour inspirer confiance et les choses n'allèrent pas si facilement. Nous ne pouvions nier avoir combattu. , os vareuses d'insurgés nous trahissaient; l'un de nous avait même un uniforme. Le maire - il nous l'avoua sous le coup de la sympathie, - nous aurait bien laissé aller sans autre formalité; mais, comme nous devions bien le penser, il y avait des ordres formels venus de Paris. Louis Bonaparte voulait ouvertement prouver aux maitres légitimes de l'Europe qu'il était digne de prendre place parmi eux. Dans son embarras, le pauYre maire se résolut a télégraphier a Paris pour demander des instructions. On nous èonduisit dans une coquette auberge ot'.1l'on nous fit une réception enthousiaste. Là, nous attendîmes. La société ne nous manquait pas; aurionsnous été les plus grands buveurs du monde que nous n'aurions pu satisfaire tous les hommes, femmes ou jeunes filles qui trinquaient ou voulaient trinquer avec nous. Bientôt se forma tout un rassemblement, et la rue, devant la porte de l'auberge, était noire de monde, ou mieux bariolée, car, à cette èpoque, l'Alsace n'avait pas encore adopté la monotonie des couleurs sombres dans le co'>tume. La foule, surtout la partie féminine, présentait toutes les couleurs de l'arc-en ciel. Il y eut tout à coup un mouvement, les têtes se tournèrent vers quelque chose, puis des gens s'écartèrent : « Place à M. le Maire! » Accompagné de deux gendarmes, le maire pénétra dans la maison, puis dans la pièce oü nous nous trouvions; sa mine grave ne nous présageait rien de bon. « Messieurs, fit-il, avec un salut poli, les nouvelles que j'apporte ne sont pas bonnes; la réponse que j'ai à vous transmettre est catégorique. Il vous faut repasser la frontière sinon vous êtes incorporés dans la légion étrangère et dirigés tout de suite sur Marseille (ou Toulon?).» « Le chien! » m'écriai-je i l':idresse de Bonaparte, perdant toute mesure; le maire fit comme s'il n'avait pas entendu l'exclamation qui Jev:iit bientôt devenir crime Je lése-majestc; il haussa les cp:iules et dit : « Sale histoire! Ainsi vous ne voulez pas retourner ? Il n'y a plus que la légion. >> Cc mot sonnait mal à nos oreilles, mais le visage du '
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