La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

SOU\"E:--rns o'EXIL EN SUISSE vers le front, con1me ceux des Mongols (il descendait d'une famille russe) ornait, dans le duché de Bade, presque toutes les têtes de pipe, comme la tête de son ex-ami Hecker, Struve sans aucun doute aurait été reconnu. Et, livré aux Prussiens, il eût certainement rapporté à l'un · d'eux un magnifique habit rouge. Mais non, les moutons de l'ordre ne voulaient rien connaître de rouge. Et certainement ils eussent choisi pour leur habit une autre couleur que le rouge. Nous tinmes conseil. : ous ne pouvions songer à rejoindre notre armée, car les Prussiens, qui la poursuivaient, naturellement, aYaient déjà envoyé des patrouilles si loin que nous ne pouvions rattraper les nôtres sans nous jeter sous les pieds de l'ennemi. Et nous étions dix hommes ·-- qui pour la plupart n'étions que sommairement armés, aYec une femme au milieu de nous; - la femme de Struve n'était nullement peureuse, et toujours intarissable en saillies et en bons mots; - en tout cas nous n'étions pas dans la position la plus favorable pour soutenir une lutte. Que nous restait-il a faire? Il nous fallait refaire en petit une marche de flanc, semblable a celle de Heidelberg effectuée après la bataille de Waghœuscl, et esssayer ainsi, si possible par des détours, de rejoindre notre armée. Sur ces entrefaites, nous apprîmes qu'aucun chemin n'était libre vers le sud; nous nous résolûmes donc, disposant d'un chariot qu'on nous avait offert, à marcher vers l'ouest; à Breisach, nous gagnerions le territoire français, en passant le Rhin; et, après avoir enYisagé la situation, nous essayerions de rejoindre notre armée. Nous la trouvions mauYaise, mais quel autre parti prendre, si nous ne voulions pas nous liner Yolontairement? Sans incident notable, nous atteignîmes le Rhin, toujours accompagnés de notre malheureux guide qui voulait à toute force retourner chez lui attendre les événements. Nous enterrâmes nos armes dans un taillis. Me séparer de mes pistolets, - d'un nouveau système pour !\'.!poque et ma propriété personnelle, - qui m'avaient si bien serYi l'année précédente, lors de la bagarre de ·struve, me fit vraiment mal au coeur. Et maintenant, en route pour la « République » française. Que Louis Bonaparte, le « Président», eût un faible pour le parti réactionnaire allemand, et projetât la ruine de la République, ce n'était, certes, pas un secret pour nous; mais nous ne comptions que sur les sentiments républicains de l'Alsace dont, pendant les derniers mois, nous aYions eu mainte preuve éYidente. Les Alsaciens s'étaient, par douzaines, joints_ à nous comme volontaires, dans leur uniforme de garde nationale et avaient combattu avec enthousiasme pour la Liberté et l'Unité allemande·« l'Alsace allemande et française est le trait d'union entre la France et l;Allemagne », ces mots étaient alors dans toutes les bouches. Quelques surprises nous étaient réserYées. La frontière était

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