La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE de suspect. Je fis une petite reconnaissance avant de rentrer à l'hôtel. Le ciel était serein. Dans le café, tous bons amis. « Enfin ! Où es-tu resté si longtemps? - Nous avions peur pour toi ! - 1ous t'attendons depuis une heure! - Dans la ville, il n'y a plus rien de sûr. - Mais, où est Dorlu? - Et Nef!?» On regarda de :tous côtés. Je m'aperçus que Dortu et Neff manquaient. Les autres étaient rentrés aYant l'heure conYenue à l'hôtel, parce qu'il ne leur avait pas paru prudent de rester dehors, et qu'ils ne voulaient pas provoquer l'attention publique. Que faire? Attendre, naturellement, les deux manquants. Nous attendîmes jusqu'à minuit, jusqu'à une heure, jusqu'à deux heures. « Encore une heure! Impossible d'attendre plus longtemps ! Il fait petit jour, nous sommes pris. Ils se seront joints à une troupe de nos Yolontaires, et sont partis avec eux à l'armée. Ou bien? ... » Nous attendîmes. Deux heures un quart sonnérent à la cathédrale. Deux heures et demie ! trois quarts ! trois heures !... Pas de Dortu, pas de Neff. Nous n'avions déjà que trop attendu; nous ne pouYions plus attendre. Maintenant le drapeau blanc flottait réellement au sommet de la cathedra le et, dans le matin grisâtre, nous voyions un va-et-vient encore plus suspect que la Yeille au soir. Par groupes, les moutons de l'ordre, affolés, que nous évitions autant que possible, devenaient d'un nombre inquiétant; et forts, y compris notre guide, volontaire du voisinage, de dix hommes et d'une femme, la plupart armés, plusieurs, dont moi, ayant des arquebuses, - nous n'avions rien à redouter même des quelques douzaines de mannequins empesés. Cejlendant l'expérience enseigne que les n,10utons affolés, quand ils se sentent en nombre contre un petit groupe, aveuglés par la rage et la crainte, se prccipitent tête basse sur l'objet de leur _rage et <le leur crainte, et peuYent, dans leur lâcheté même, être plus cruels que des hommes de courage. Bref, nous quittâmes la ville sans encombre. Mais c'est alors que la situation commença à devenir réellement désagréable. Les derniers des nôtres s'étaient éloignés depuis longtemps; nous ne voyions plus leurs traces, mais bien celles des uhlans prussiens qui rôdaient aux environs, entre eux et nous. Nous étions donc coupés. Et voici qui augmentait le danger : les moutons de l'ordre, de tous cotés, reprenaient maintenant courage, recherchant, par des services réactionnaires, les bonnes gràces des Prussiens, qui n'osaient encore pénétrer en Yille. StruYe, qui, reconnaissable à mille pas, ne pouvàit être pris pour un autre, et dont la tête slavo-chinoise avec ses yeux dirigés obliquem~nt

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