La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

420 LA REVUE SOCIALISTE Russie qu'elle fut sur le point de mettre le marché à la main de son général. Alors, - et ce qu'il y avait de divin? comme il est dit plus haut. Soyez sans crainte. Stendhal le reconnaît : « La bravoure n'était diminuée en rien; il est impossible que le soldat d'un peuple vaniteux ne se fasse pas tuer pour être l'homme le plus braYe de sa compagnie» (r). Tout cela pourquoi? Henri Beyle en donne nettement la cause : LES GÉNÉRAUX CORROMPUS « A mesure que les uniformes se broderent et se chargèrent de croix, ils couvrirent des cœurs moins généreux; on éloigna ou on laissa languir tous les généraux qui se battaient par enthousiasme. Les intrigants triomphèrent, et parmi ceux-ci !'Empereur n'osait pas punir les fautes. » Ah ! Filloteau avait, à son point de Yue, raison de ne plus chanter la Marseillaise ! Dans la Vie de Henri Brulard, Henri Beyle ouvre une parenthèse pour dire: Je suis tout confit de mépris aujourd'hui. Que de bassesses et de lâchetés il y a dans les généraux de l'Empire! ( 2). • Un peu plus loin, il déclare qu'il fut ivre de contentement« de n'être plus commissaire des guerres et exposé à l'envie et aux mauvais traitements de ces héros si grossiers qui étaient les manœuvres de !'Empereur à Iéna et à ·wagram ... La posterité ne saura jamais la grossièreté et la bêtise de ces gens-là hors de leur champ de bataille. Et même sur ce champ de bataille, quelle prudence! C'étaient des gens, comme l'amiral Nelson, songeant toujours à ce que chaque blessure leur rapporterait en dotations et en croix» (3). Un colonel qui tombait ou qui se laissait choir dans un fossé toutes les fois que son régiment allait au feu était fait général de brigade ou envoyé à l'intérieur. LES GÉNÉRAUX DE ~APOLÉON L'âme des généraux, elle est celle de méprisables valets. Une anecdote le prouve : En 1808, Napoléon fait dire i un riche bijoutier de Paris qui aYait trois filles : - Le géneral N ... épouse l'aînée de YOS filles à laquelle vous donnerez cinquante mille ccus ! - Le pere, éperdu, qui aYait (1) Napoléou, introduction par M. J. de Mitty, page 49. (2) Vie de Henri Brttlard, page 143. (3) Id. page 188.

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