STEt\DHAL ET LE MILITARISi!E malheureux lanciers, accablés de soif et de fatigue, passèrent sept heures exposés à un soleil brûlant du mois d'aoôt ... Sur les dix heures du soir, on s'aperçut que les ouHiers aYaient disparu. A onze heures il arriva de l'infanterie à laquelle on remit les canons et l'obusier et à une heure du matin, le régiment, mourant de faim, hommes et chcYaux, repartit pour Nancy. Pour les détails militaires, stratégiques et politiques de cette grande affaire, mir les journaux du temps: le régiment s'était couvert de gloire et les ouHiers avaient fait preuYe d'une insigne lâcheté » ( I ). Et Lucien Leuwen, à la fin, donne sa démission. A son pcre qui l'interroge, il répond qu'il ne Yeut plus de l'état militaire en temps de paix, c'est-à-dire passer sa Yie à jouer au billard et à s'enivrer au café. « Si la guerre survient, mais une Yraie guerre, dans laquelle le général en chef ne trahisse pas son armée, je demanderai la permission de faire une campagne ou deux » (2). l I I Mais, dira-t-on, tout ceci n'est que du roman; soit! cependant n'oublions pas que Stendhal fut longtemps officier. HOMMAGE ACX SOLDATS Quelle impression l'armée a-t-elle laissée à Beyle? Quels souvenirs rapporte-t-il des généraux qu'il a vus ou connus? Il rend hommage aux sous-officiers et aux simples soldats. C'étaient eux ce qu'il y avait de divin dans l'armée française. On nourrissait cette illusion qu'en se battant bien et en ne rencontrant pas de boulet on devait un jour devenir maréchal de France. « Cette heureuse illusion demeurait jusqu'au grade de g<'.:néralde brigade. On s'apercevait alors dans l'antichambre du prince Yice-connétable qu>à moins de· faire une belle action immédiatement sous les yeux du grand homme, - Napoléon,- il n'y avait de l'espoir que dans l'intrigue» (3). L'esprit de l'armée a d'ailleurs changé. L'arm<'.:ea suivi la même évolution que le lieutenant-colonel Filloreau. Farouche, r<'.:publicaine, héroïque à Marengo, l'armée devient de plus en plus égoïste <:t monarchique. Et même aussi tellement corrompue à la campagne de (1) L11cie11 Le11we11, pagts 181-185. (2) Id. page 243. (3) Napoléo11, introduction par M. J. de Mitty, page 44·
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