STEJ\DHAL ET LE .MILITARISME 421 quelque accès aux Tuileries, vint lui demander grâce. Il lui répéta les mêmes paroles et ajouta : - Le général N ... Ya faire sa cour demain et épousera après-demain ! - Le général N ... obéit sans répliquer ( 1). Un a\'eu le prouve mieux encore : J'ai vu, écrit Stendhal, un de ces généraux les plus braves soutenir qu'un soufflet de !'Empereur ne déshonorait pas, que ce n'était qu'une simple marque de mécontentement du chef de_la France. Et Henri Beyle commente avec une méprisante ironie : Cela est vrai, mais il faut être bien libre de préjugés (2). L'âme des généraux n'est pas celle des artistes. Leonard de Vinci, étant au couvent des Grâces, conçut le fameux tableau, la Cène, ou Jésus est entouré de ses disciples et soupire : l'un de vous va me trahir! Il le peignit à l'huile d'aprés la méthode nouvellement inventée par Jean de Bruges. « Toutes les causes de destruction semblérent réunies par un hasard cruel contre ce premier des chefs d'œuvre. » La plus outrageante est la suivante que Stendhal narre a111s1: « En 1796, le général en chef Bonaparte alla visiter le tableau de Vinci. Il ordonna que le lieu ou étaient ses restes fut exempt de tout logement militaire et en signa même l'ordre sur son genou, avant de remonter à cheval. Mais, peu apn:s, un général, dont je tairai le nom, se moqua de cet ordre, fit abattre les portes et fit du réfectoire une écurie. Ses dragons trouvérent plaisant de lancer des morceaux de briques à la tête des apôtres. Apres eux, le réfectoire des dominicains fut un magasin à fourrages. En 18oï, le couvent étant devenu une caserne, le vice-roi fit restaurer cette salle avec le respect dù au grand nom de Leonard » (3). Prenons Napoléon lui-même. Les récits qu'en faisait Stendhal ne ressemblaient guérc aux relations officielles, écrivait Pr9sper Mérimée. Dans une affaire fort chaude, Napoleon haranguait ses soldats en ces termes: « En avant! s. n. d. D. J'ai le cul rond comme une pomme, soldats! J'ai le cul rond comme une pomme! » (4). L'âme des généraux est enfin celle de misérables. Le militaire a en horreur tout ce qui pense ou qui en fait semblant. Cette horreur est si forte que les militaires l'ont portée jusque sur les gens qui les font_ vivre. C'est par la 1nêrne disposition d'esprit que Napoléon, à son retour à Paris, en décembre 1812, dans sa réponse (1) Napoléo11, introduction par M. J. de Mitty, pages 22-23. (2) Id., pages 58-59. (3) Histoire de la Pei11/ltreen Italie, pages 150-151. (4) H. B., par Prosper Mérimée (voir à la Bibliothèque Nationale).
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