La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

STENDHAL ET I.E MILITARISME .p. 3 Fabrice le regarde. Voilà un plaisant jésuite! pcnsc-t-il; il y a une heure qu'il me YOit ces menottes qui me gênent horriblement et il fait l'étonné (1). Mais Clélia, la fille du général, aime Fabrice. Elle a peur queceluici ne la dédaigne et ne s~ dise qu'elle est « la digne fille d'un geôlier» ( 2). Que ne s'imaginerait-elle si elle apprenait que, tout bas, l'on accuse son père <c de ~'être défait jadis d'un capitaine, son ennemi personnel, au moyen de l'aquetta de Pérouse». La crainte de Clélia est au fond justifiée. Le général Fabio Conti est geôlier dans toute l'acception du mot. Au second étage de la forteresse sont les chambres des prisonniers. Le gouverneur fait preuve d'un génie spécial. Dans le couloir qui conduit à ces chambres il établit trois portes de fer successives formées de barreaux énormes et s'élevant jusqu'à la voûte. Il fait solidement griller les fenêtres et, dans chaque chambre, il fait placer « de gros madriers de chêne formant comme des bancs de trois pieds de haut et c'était là son invention capitale, celle qui lui donnait des droits au ministère de la police. Sur ces bancs, il avait fait établir une cabane en planches fort sonore, haute de dix pieds et qui ne touchait au mur que du côté des fenêtres. Des trois autres côtés, il régnait un petit corridor de quatre pieds de large, entre le mur primitif de la prison, composé d'énormes pierres de taille et les parois en planches de la cabane. Ces parois, formées de quatre doubles de planches de noyer, chêne et sapin, étaient solidement reliées par des boutçms de fer et par des clous sans nombre». C'est dans une de ces chambres, chef-d'œuvre du général, et qui a,·ait reçu « le beau nom d'obéissa11cpeassive» (3), que Fabrice fut enfermé. Ici un point à noter. Quel est le caractère moral de cc généralge6licr? Un exemple suffit à l'indiquer. Il est question du mariage de Clélia Conti, - qui aime secrctement Fabrice del Dongo, - avec le marquis Crescenzi, l'homme le plus riche de la cour. Le gouYerneur est d'une ambition d'autant plus exaltée jusqu'à la folie que des embarras sur\'enus au comte Mosca, ministre de la guerre, semblent annoncer la chute de son ennemi. Il convoite la succession du comteMosca. Il fait donc des scènes violentes à sa fille et lui répète sans cesse et avec colère qu'elle casse le cou à sa fortune, si elle ne se détermine pas à faire un choix (4). Et si, par hasard, pour un motif quelconque, il était mis à la demi-solde? Ah! quel triomphe pour ses ennemis, d'autant plus que sa maison, quoique fort ancienne, ne réunit pas six mille lines de (1) La Cbarlreuse de Parme, page 233. (2) Id. page 2~3. (3) Id. page 275. (4) Id. page 289.

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