La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

412 LA REVUE SOCIALISTE petit sentier à traYers champs et arriver sur la grande route, une jeune fille de quatorze ans qui pleure timidement sous son mouchoir, - c'est Clélia, - et un grand homme sec, - son père, - qui affecte des airs de dignité, « comme un préfet suivant une procession », tous deux escortés de quatre gendarmes en uniforme. Tout cc monde est coupable de n'avoir pas de passeports. - « Moi, s'écrie le grand homme sec, je suis le général Fabio Conti! » et « il fait de la dignité de plus en plus offensée avec les gendarmes». - « Homme tout à fait commun, disent les yeux de la comtesse à la marquise» (1). Et ce jugement de femme est exact. La comtesse, devenue duchesse Sanseverina, a l'occasion de reparler du général Conti. Elle a été présentée au prince de Parme. Au retour de l'audience, elle cause avec le premier ministre, le comte Mosca della Rovere. « Mon plus grand ennemi est un sot qu'on appelle le général Fabio Conti, raconte Mosca. Figurez-vous un original qui a été à la guerre un jour peut-être en sa vie et qui part de là pour imiter la tenue de Frédéric le Grand. De plus il tient aussi à reproduire l'aflabilité noble du gcnéral Lafayette et cela, parce qu'il est le chef dt1parti libéral, Dieu sait quels libéraux! - Je connais le Fabio Conti, répond la duchesse. J'en ai eu la vision prés de Côme. Il se disputait aYec la gendarmerie » ( 2). Et le comte Mosca se venge en faisant nommer son ennemi, le prétendu libéral, - qui en est trcs hêureux - gouYcrneur de la citadelle ou l'on enferme les libéraux jugés par le fiscal général Rassi. « S'il use d'indulgence envers ses prisonniers, on le disgracie comme jacobin auquel ses idées politiques font oublier ses devoirs de gênerai; s'il se montre sévère et impitoyable, et c'est de cc côté-là qu'il inclinera, il cesse d'être le chef de son propre parti >> (3). Ce général va deYeni'l' le modèle des geôliers. Lorsque Fabrice del Dongo est arrêté, le gouYerneur de la forteresse se garde bien de le reconnaître, car il craint de se compromettre. Il est heureux d'avoir Fabrice en son pouvoir. « Que l'on dresse, ordonne-t-il, un procès-Yerbal fort circonstancié de la remise qui m'est faite du prisonnier. » Mais un instant après: « Quoi, s'écrie-t-il d'un air naïf, le prisonnier a de_smenottes dans l'intérieur de la forteresse! Cela est contre les règlements, ôtez-lui les menottes. » (1) La Cbarlreuse de Parme, page 76. (2) Id. page rnr. (3) Id. . page II 3.

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