La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

ESSAIS SUR LA MONNAIE, LE CRÉDIT ET LES BANQUES 405 Dès la fin du treizième siècle on essaie d'intcresser le public par des souscriptions aux emprunts; Philippe III le Hardi inaugure cette innovation, mais ces tentatives ne se font encore que dans le domaine· du roi; elles sont rares; la confiance est faible et avec raison car , , trente-cinq ans après, certains de ces prêts ne sont pas encore remboursés. Des emprunts se font aussi pour la Couronne chez les grands vassaux, puis dans les Yilles flamandes, les rivales de prospéritt'.: des citès italiennes. Les rois recourent aussi aux riches abbayes; dès I 340, en date du 10 juin, celle de Saint-Denis avait prêté au roi 3r marcs 6 onces pesant <le joyaux, etc., notamment une croix d'or donnée par PhilippeAuguste. L'insignifiance du prêt montre suffisamment la détresse publique à cette époque. Les princes trafiquent de leurs droits domaniaux ou de souYeraineté. Entre r 34-1-et r 350 Jacques, roi de Majorque, chassé de ses États par Pierre d'Aragon, son frère, céde au roi de France ses droits sur la ville de Montpellier pour 120,000 florins d'or. En r 35r, il y eut une banqueroute royale; Jean Il suspendit les paiements des dettes contractées pour cause d'emprunts et à tous autres titres tant sous son règne que sous les règnes précedents, ù l'exception, dit l'ordonnance, des ,-eu/esa11ciw11es. lei se montre clairement le caractère primitif mais nullement constant du .:rédit public: l'impossibilité pour le créancier de faire exécuter l'engagement pris par le pouvoir; .:ette impossibilitt'.: est destinée à s'amoindrir à mesure que le pouvoir se transformera en fonction au service de la société. L'emprunt fait à l'intérieur à la différence de ceux contractés à l'extérieur revêt le plus souvent d'une façon apparente ou déguisée le caractère de la contrainte. Philippe le Bel emprunte non seulement aux marchands italiens, mais à ses sujets. Dans certaines localités il choisit des hommes de bonne Yolonté qui, sous serment, font l'estimation de la fortune de leurs concitoyens pour servir de base à leur taxation. Tout cela ne se fait pas sans protestation ni résistance; les abus du despotisme royal aménent naturellement les classes possédantes à s'entourer de garanties; c'est une des principales origines du régime constitutionnel. Dès le milieu du quatorzième siècle, de 1350 à 1358, les chartes de quelques villes· stipulent que les habitants ne pourront être soumis à des emprun,s forcés. En 1371, pour décider des marchands d'Avignon à prêter au roi 100,000 livres, il faut que des princes du sang, des seigneurs, des conseillers et des officiers royaux et même des bourgeois de Paris s'obligent, au nombre de vingt-deux, au remboursement de la dette.

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