La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE l'impôt en proportion du revenu qu'il tire de son industrie, de sa profession, de sa propriété (1), ainsi de bonne heure, la notion de l'impôt et celle de l'emprunt tendaient à revêtir ce caractère de justice dont le développement a préoccupé à si juste titre les théoriciens postérieurs de l'économie sociale. L'emprunt, surtout l'emprunt forcé d'abord, le plus naturel dans b période médiévale militaire et violente, se rattachaient eux-mêmes aux formes les plus grossiéres et les plus arbitraires du crédit public. Ce fut, par exemple, une pratique très ordinaire. des rois et des seigneurs au treizième siècle de s'approprier à crédit des marchandises et provisions de toute nature chez leurs vassaux et chez les marchands; c'étaient là de véritables emprunts forcés qui trop souvent n'étaient pas remboursés. Les premières formes d'emprunts publics se modelèrent naturellement sur celles du crédit privé, d'autant plus facilement que la fonction gouvernementale s'incarnait elle-même dans des individualités. Ce phénomène sociologique semble général; il explique non seulement le caractère individualiste des premiers organes collectifs, mais leur formation et leur évolution plus tardives et plus lentes relativement aux manifestations de la Yie privee; il faut y apporter cette réserve que même les formes privées sont toujours aussi determinées par la structure collective. Les premiers prêts faits aux princes, en dehors bien entendu des exactions, confiscations et emprunts forcés, sont faits généralement sur gage ou nantissement de bijoux, joyaux, pierreries aisément réalisables et facilement conservables sous un petit volume par le créancier qui deYait les mettre à l'abri même et surtout peut-être de son emprunteur. Plus tard apparaissent les hypothèques sur terres et châteaux; on prête toujours au prince ~ur son domaine privé et non pas à la nation. En France, dés le treizième siècle, des emprunts sont contractés par les rois avec les associations des marchands italiens; une ordonnance de I 270 décrète un emprunt de 100,000 livres tournois pour la Croisade. Au Moyen-Age, en général, le contrat d'emprunt est à court terme, à peine de quelques mois, même à l'époque des grandes opérations de change; les renouvellements inévitables rendent dès lors les emprunts très oncreux. Longtemps l'intérêt est déguisé; il est compté avec le capital; même quand il est stipulé, il est entendu que c'est une libéralité faite par l'emprunteur. (1) G. Ricca-Salerno. Storia delle dottri11eji11a11,ière i11 ILalia, cité par M. E. Nys, Recbacbes sur l'bistoire eco110111ique, p. 199.

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