La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

402 LA RE\'CE SOCIALISTE bourgeois Yersaient leurs capitaux et ainsi, par le fait même des banqueroutes royales toujours imminentes, les peuples commenccrent à réfléchir aux problcrnes des finances et du crcdit public. Parmi les grandes maisons de banque du seizieme siècle, il faut citer celle des Fugger d'Augsbourg qui fut le soutien de Charles Quint dans sa lutte contre François Ier et finit elle-même par C:trela Yictime de la puissance qu'elle aida à édifier (r). Les grands États absolutistes qui s'étaient constitues sur les ruines du rcgime fcodal \'Ont bientôt se transformer ou decheoir. Les pays les plus avances en civilisation dans l'antiquitc, comme Athènes, avaient aussi eu la monnaie la plus honnête, le commerce le plus déYeloppc, et l'organisation du crcdit la plus parfaite. Les républiques italiennes, les cités hanséatiques y compris NoYgorod de Russie avaient permis de faire les mêmes constatations; cela devait apparaître avec plus d'évidence encore en Hollande et finalement en Angleterre, comme dcjà partout où antérieurement s'ctaient implantces les formes supérieures du rcgime communal et représentatif. Ainsi, au commencement du quinzicme siecle, Jacqueline de Bavière s'oblige à ne pas faire de changement monétaire sans l'assentiment des Yilles de Dordrecht, Leyde, Harlem et Delft. Plus tard, dans la proclamation de l'U11ion d'Ulrecl;t, les ProYincèsUnies stipulent le droit des États-Généraux de surveiller et de vcrifier la frappe monétaire des provinces fedérees. Ainsi du domaine collectif primitiwment indivis s'.étaient formés successivement des domaines spcciaux pour les services sociaux au fur et à mesure de leur différenciation; ainsi s'était constitué notamment le domaine du prince avec son adjuYant consécutif le trésor; celui-ci était deYenu métallique à l'âge des mctaux prccieux; alors il s'était alimente non seulement des aides, des tributs et des conquêtes, mais du droit de seigneuriage et des altérations monétaires; ces altcrations mêmes avaient abouti à l'introduction de la monnaie de papier. Toute cette évolution, malgré· ses désordres, ses vices, ses abus et les désastres sociaux qui l'accompagnerent, ctait cependant un développement naturel dont le dernier terme, l'amétallisme, allait bientôt donner naissance à des formes supérieures du crédit privé et public. Pour compléter le tableau de cette cyolution jusqu'à la fin du dixsepticme siècle, il faut observer maintenant que la où apparaît l'État moderne, aYec son caractcre indépendant, extérieur et même supérieur à la socicté, apparaît également la conception de l'impôt indépendant. Alors l'impôt devient la principale ressource ordinaire des gouvernements; quant aux besoins extraordinaires, l'impôt est com- (1) Ehrenberg. D11sZeitalter der P11gger. Lire le résumé de ce beau livre, par M. le P' Hennebicq, dans les A1111a/edse l' Iustitut des Scieucessociales, 1898.

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