400 LA REVUE SOCIALISTE La fonction sociale des Juifs était tellement en corrélation aYec la structure générale <lu temps que les marchands italiens, les plus habiles à ce moment de toute l'Europe, se substituèrent naturellement en partie à eux pour toutes les opérations non seulement de crédit privé, mais de crédit public. Du reste, remarquons-le bien, le crédit revêtait encore des formes privées; de même que toutes les structures collectives, i I a,·ait conservé ses caractères individualistes et son éYolution retardait beaucoup relativement à celle de l'économie particulière. En Italie, en France, en Allemagne et ailleurs, Lombards et Cahorsins, deYançant le développement général futur, étaient <leYenus les agents financiers les plus actifs. Déjà au douzième siècle, le roi Richard emprunta aux marchands de Plaisance, <le même Henri et les trois Édouard; ce sont souvent des marchands italiens qui sont chargés du recounement des subsides, de la direction des Monnaies dont les ouniers sont généralement aussi italiens. En Angleterre, ce rnnt eux qui avancent au clergé les dimes à payer au Saint-Siége; celui-ci en exige parfois l'aYance de plusieurs années; aussi sont-ils protégés par les papes. Concurrents et remplaçants des Juifs, ils étaient exposés aux mêmes persécutions et souYent, malgré la protection intéressée du Saint-Siége, ils sont en butte ;iux Yiolences et aux extorsions royales. En France, les Lombards ont à subir des décrets de confiscation a diYerses reprises au treiziéme siècle, en 1253, en 1269, en 1274; ces spoliations sont une ressource presque réguliére pour le trésor royal. Parfois on s'arrange, on négocie, on transige; en I 317 on leur permet de se racheter. Cependant Philippe V fait arrêter tous les marchands et banquiers italiens et leur impose une taxe élevée. A leur tour, dans les circonstances plus fayorables, ils prêtaient aux rois moyennant des garanties ou la concession de certains priYilèges. Le d~nger est cependant l'arbitraire royal. Édouard Ier avait emprunté aux marchan.ds italiens, de même Édouard II en I 339; Édouard III doit aux Bardi et aux Peruzzi de Florence I, 355,ooo fi.orins d'or; il ne recourt plus aux procédés inquisitoriaux et Yiolents, il suspend simplement ses paiements a tous les créanciers de la Couronne. Les Peruzzi et les Bardi, ruinés, liquident; leurs propres créanciers reçoivent I 5 a 20 °/0 • Le roi de Sicile, l'illustre Frédéric II, de son coté, aYait aussi refusé de leur rembourser les deux cent mille florins d'or qu'il leur devait. Les papes durent menacer d'excommunication les débiteurs, y compris les princes qui n'exécutaient pas leurs engagements; des villes mêmes furent par eux mises en interdit. Cependant le commerce international s'était de plus en plus déYeloppc. A Bruges, la lettre de change aYait réapparu dès la fin du
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