La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA RE\TE SOCIALISTE au treiziémc siècle, le roi de France aYait arraché ou obtenu de Grégoire X la moitié Je la recette de la <lime et un prêt de cinquante mille marcs d'argent; mieux vabit se rendre financièrement indépendant. Les Juifs furent précisément les agents sociaux qui, sans présenter les mêmes dangers pour l'autorité royale, s_emblaient lui offrir des ressources inépuisables. Leur dispersion définitiYe, en l'an 70 de notre érc, avait consacré le caractère cosmopolite de ces laborieux et habiles intermédiaires financiers du commerce; depuis longtemps au surplus leurs colonies s'étaient répandues dans toutes les parties du monde. Exclus gcnéralement de la propriété foncière, ils firent du commerce et spécialement de celui des métaux précieux et de leurs substituts leur domaine par excellence qu'ils exploitèrent avec la plus rare intelligence; ils lui firent produire des fruits artificiels, des intcrêts; l'usure fut la rétribution de la fonction à laquelle leurs oppresseurs mêmes avaient contraint à se limiter des aptitudes déjà invétérces qui ne firent que se perfectionner par l'usage. L'or et l'argent n'étaient-ils pas déjà considércs comme la richesse même ? A cc point de Yuc, il co1wient encore d'observer que les Juifs furent la première incarnation sociale des pratiques et des Joctrines mercantilistes qui allaient dans toute l'Europe dominc.r l'cconomie sociale en se substituant à l'ccono~ie agraire féodale. Au Moyen-Age, le Juif est considérc comme serf du roi o.u du seigneur; donc, en droit, il ne peut être propriétaire (1). Les Juifs font en réalité partie du domaine et sont exploitables et taillables à merci. Cette théorie ctait admise par les théologiens, notamment par Saint Thomas d'Aquin. Ils sont dès lors une ressource importante pour les princes; non seulement ceux-ci leur empruntent continuellement, . mais confisquent leurs biens. En dehors des impots, ils avaient a supporter des tailles spéciales; soumis aux taxes et aux ~harges comme. tous les roturiers, ils ayaient en o.utre à compter avec les expulsio_ns, les confiscations, les emprunts forcés, généralement jamais remboursés. . D'après Stephen Dowell (History of taxatio11, London, 1884), les rois d'Angleterre ont peut-être exploité les Juifs plus que les rois de France. Les Juifs paraissent avoir afflué dans le pays aprcs la conquête normande; ils abordaient dans les villes et s'y livraient aux opérations d'avances sur gages et à l'usure, contrairement aux lois; les rois en profitaient pour les pressurer comme on pressure une éponge; on les soumettait à ~es taxes spéciales et illimitces. Les persécutions (r) P. Viollct, Précis de l'Histoire du Droit français, p. 302 et sui1•. - E. Nys, Recbercbes ur l'Hiiloire de l'Éco110111pioeliliq11e, chap. VII, p. 134 et suiv.

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