LA REVUE SOCIALISTE altérations explique comment la France imita de l'Angleterre l'office du « changeur du Roi »; celui-ci était chargé de détenniner en monnaie du pays la valeur nominale des monnaies étrangères. Le droit d'altération et celui de seigneuriage tenaient à la conception domaniale du crédit public et aux origines féodales de la propriété; ils ne pouvaient disparaître qu'à la suite de l'unification royale, quand, aYec les nouvelles formes de l'État moderne, d'autres ressources seront mises à la disposition des gouvernements. Au surplus, de même qu'on croyait qu'un royaume ne pouvait s'enrichir qu'en appauvrissant ses Yoisins, on supposait que l'autorité n'était jamais plus forte que quand les sujets étaient misérables. Saint Thomas d'Aquin, dans son Commentaire sur le chapitre IV du cinquième livre de la Politique d'Aristote, semblait encore faire sienne cette croyance antique lorsqu'il écrivait : Opoi-tet etiam rnbditos facere pa11peres,sic e11imminus po!enrnt ù1s11rgereco11tratyra1111idem; ... procuranda sunt vecligalia, boc est exactiones mu/tee el mag11ce. Toutefois, dans son De regimi11e principum, il conseille aux princes de faire un usage modéré de leurs droits régaliens : Sive in mulaudo, sive in diminuendo pondus. L'éyo)ution du crédit public au Moyen-Age est donc essentiellement patrimoniale dans son point de départ; elle se manifeste par la constitution d'un domaine foncier et d'un trésor mobilier; le droit de seigneuriage et celui d'altérer les monnaies sont des dépendances du domaine; les rois finissent par en aYoir le monopole; alors les protestations contre les altérations monétaires se font jour. Oresrne et plus tard Bodin font de la frappe un droit inhérent à la souYeraineté soit du roi, soit du peuple; mais sous la féodalité en somme les seigneurs étaient aussi des souverains; la vérité est que le privilège de battre monnaie suit les formes politiques, lesquelles, à leur tour, sont subordonnées à la circulation économique générale et à la structure de la propriété. Quand, dans son Traité des mon11aies, Abot de Bazinghen dit : « Le pouvoir de battre monnaie appartient de droit aux rois, aux princes som·erains et aux républiques. Une inYention si nécessaire et si utile eût été facilement corrompue si chaque particulier eût eu la liberté de s'en servir »; il proclamait en réalité un droit purement métaphysique ou simplement le résultat d'une évolution accomplie, son argument même est faux, car lorsque les rois eurent le monopole de la frappe ils en abusèrent plus même que les seigneurs; la vérité est qu'ils eurent le monopole par le fait mème de l'unification monarchique, laquelle se fonda elle-même sur la dissolution des grands domaines féodaux. Le domaine seigneurial ou royal au Moyen-Age ne comprend pas
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