La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

392 LA HEVUE SOCIALISTE délinquants n'auraient été autres gue les survivants d'une race barbare; éaarés au milieu de nos races civilisées. Mais on sait que, confronté :::, aHc la n'.:alité, le fameux« type criminel» se maintient difficilement; il y a trop d'honnêtes gens malencontreux qui présentent tous les stigmates du crime, et gui s'entêtent à ne pas commettre de crimes! Sui\'ant les lois de l'anthropologie lombrosiennc, ils devraient étre criminels; mais, comme ils s'obstinaient a ne pas l'être, on s'est avisé enfin que ces « lois » étaient sans doute contestables, et que cette « anthropologie criminelle >> était peut-être, suivant le mot de \ïrchow, une simple« caricature de la science ». On a compris gue si certaines aptitudes indéterminées sont bien inscrites dans la constitution héréditaire, c'est le milieu qui les détermine, les déYeloppe ou les arrête, et ici les utilise pour le bien tandis qqe la il les fait tourner au mal. \'oilà pourquoi la plupart de nos anthropologistes se sont, depuis longtemps, séparés du compromettant Lombroso; voilà pour- (!UOibeaucoup de ses disciples italiens lui sont infideles à leur tour. L'anthropologie scientifique se déprend ainsi et se dcbarrasse, peu a peu, de la philosophie des races. Les psycho-physiciens ne lui sont gucre plus favorables. Parce que la psycho-physique se posait en s'opposant a l'ancienne psychologi.e spiritualiste, parce qu'elle semblaitYouloir constituer une psychologie << sans t1mc >> ou tout au moins sans introspection, et ne saisir les faits intérieurs que du dehors, on pouYait espérer qu'elle exprimerait tous les phénomcnes psychologiques en termes de biologie, qu'elle montrerait comment leurs différentes espéces, des plus simples aux plus complexes, dépendent étroitement des formes anatomiques, comment toute la constitution mentale n'est qu'un reflet de la constitution corporelle. Mais, ici encore, il a fallu en rabattre. Si, pour les fonctions les plus simples de la ,·ie de l'esprit on peut encore montrer en quoi elies dépendent de l'organisme, des qu-'il s'agit de fonctions plus eleYées, on. perd le fil; entre la structure du corps et les œuvres de l'esprit, on ne voit plus le rapport. Elles sont soumises en effet à des influences autrement nombreuses et autrement puissantes que les seules influences corporelles. Rappelez-vous la minutieuse enquête à laquelle le docteur Toulouze avait soumis Émile Zola. Qu'en resultait-il de plus clair? Ceci, que l'organisme de Zola ne présentait rien de bien particulier; qu'au tant, par le génie, il dépassait le n1lgaire, autant, par le corps, il ressemblait à tout le monde. Qu'elle continue des enquêtes analogues, et la psycho-physique, bien loin de le resserrer, desserrera le lien qu'on prétend nouer entre les qualités corporelles et l'activité mentale, entre la race et l'esprit; et par la encore seront déçues les espérances de la philosophie des races. li semble <l'ailleurs que, même dans le domaine propre de la

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