La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA RE\TE SOCIALISTE pour conspiration blanquistc. En n'.:alité, il venait de tirer cinq ans pour \'Ol qualifié dans la méme prison que Blanqui. Le bataillon d'Afrique vous réserve de ces surprises. Le capitaine Oudry lui dit:« En vous conduisant bien, \'OUS pouvez racheter \'Otre faute. » Et il passa à moi, consultant la liste sur laquelle il lisait les motifs d'incorporation. Il fronça les sourcils à la lecture du motif de mon envoi au bataillon : « Opinions malsaines. » - « \'ous, me dit-il, les lévres pincées (le capitaine Oudry ne s'emportait jamais), c'est différent. \'ous ne ,·ous rachétcrcz jamais. Opinions malsaines! c'est incurable cela. On YOus soignera pourtant - pas à la salle de police, il n'y en a pas ici. En revanche, nous avons Li pri~on, la cellule, le silos et le fort turc. C'est là que j'envoie les opinions malsaines. » Cela fut dit, au contraire du capitaine de Cambé, sans colére, posément, d'une YOix un peu traînante. Quand on eut rompu les rangs, je demandai aux anciens ce qu'était le fort turc, dont me menaçait le capitaim:. Les anciens écl,nèrcnt de rire. C'était le cimetière, ainsi appelé à Bi~kra, parce qu'il est amt'.:nagé au pied d'un fortin en ruines, datant de L1 domination turque. Je me résume : Je recommande la lecture de Sous la Casaque à tous mes lecteurs. Ce Yolume est le tableau fidélc du régime disciplinaire en Afrique, régime dont on ne peut se faire une idée juste, quand on ne l'a pas subi. A raison des fortes qualités d'art et de style de son auteur, il produira cependant une impression trés forte sur quiconque le lira. Et cette impression, pour violente qu'elle soit, ne donnera encore qu'une sensation affaiblie des cruelles angoisses qui ont torturé l'écri\'ain quand il rê,·ait, sous la casaque, la revanche qu'il a prise en écri,·ant ces souvenirs! GusTA\'E Rou.,:--ET. Le Péril étranger, par J. LENORMAJ\D(1 Yol. in-18. librairie africaine). - L'auteur de ce volume s'est laissé déborder par la documentation si riche et si varii.:e dom il disposait et ayant, à ce qu'il semble, bJcli.: son line en toute hàte, pressé peut-être par les événements, le tableau qu'il nous trace de l'Algérie contemporaine apparaît d'abord brouillé et confus. C'est grand dommage, car on trou\'C ça ct h des pages d'une belle \'enue littéraire, d'un style vigoureux, d'une psychologie pénétrante et a\'ec un peu plus d'ordre et de m,~thode dans l'utilisation des documents, ce liHe, d'une lecture plu~ facile, aurait pénétré une couche plus profonde de lecteurs. Mais ces réser\'e~ faites sur ses défauts de composition (et nous ne les formulons qu'en raison de l'intérêt qu'il nous a insriré) lütons-nous de dire que le Përil étra11ger est de beaucoup l'ou\'ragc le plus important qu'on ait publié depuis des années sur l'Algérie. M. Lenormand part de cette constatation déjù indiquée par nous à la Chambre: l'influence grandissante des étrangers sur le sol africain que la France a arrosé de son sang et fécondé de ses millions. Cette influence est telle, l'importance des étrangers fait tous les jours des progrcs si grands, que ceux-ci mettent en danger l'œuvre française de la colonisation. Nous sommes men,icés d'une dénationalisation prochaine de l'Alg•~rie ... Pour le démontrer, l'auteur décompose la statistique de la population européenne résidente dans notre colonie. Cette statistique, en effet, ne doit pas se lire sans une défiance

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