La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

REV;;E DES Ll\'RES légitime, car le dernier gouverneur, M. Cambon, pour faire rcssonir les bicnfoits de son administration, l'a déplorablement truquée. La population coloniale <le l'Algérie se compose <le dèux éléments principaux: les Français et les étrangers. Jusqu'en 1889, ces deux catégories étaient tranchées. En 1889, la loi <lenaturalisation ayant assimilé aux Français tout Européen né en Algérie de parents étrang('rS qui ne refusait pas de faire son service militaire, de ce fait !J population franç.1ise s'est trouvée aussitôt :iccruc d'un contingent considérable: celui des naturafüés. bans un pays comme la France, l'affluence automatique de quelques milliers de naturalisés annuels est sans danger pour l'unité de 1110:urs, de croyances et d'aspirations. Les nou- \·e:iux venus se fondent rapidement dans le milieu français où ils sont noyés et disparaissent à mesure que leur incorpor.nion s'effectue. li n'en est plus di: méme quand le fond, auquel ces étrangers viennent s'agréger, est peu résistant et d'une homogénéité déjà douteuse. Ainsi la statistique de 1897 nous dit que l'Algérie compte 546,870 Français contre 219,410 Européens. Soit, ù première vue, une supériorité de 109,732 unités en faveur de la population française. Mais ces chiffres sont dts trompc-l'œil. On comprend parmi les Fra11çais, les soldats des :irmées de terre et de mer, dont la plupart rentreront en Frnnce, les fonctionnaires de tous ordres, près de 14,000 naturalisés nés à l'étranger, 16,000 environ automatiquement français par la loi de 1889 ,i 1897, auxquels il convient d'ajouter J..:urs femmes et leurs enfants, enfin, les hôtes de passage qui, ù Alger, à Biskra et dans les villes d'hiver, s'élèvent ,1 une: vingtaine de mille. Ces défalcations faites, M. Lenormand ne trouve plus que 253,426 Français d'origine fixés en Algérie, contre 219,000 Europ.:cns non naturali .:s. Cc n'est pas tout: sur 250,000 Algériens (j'analyse par chiffres ronds) 011 ne compte que 97,000 Français nés en Fr.mec. Les autres, soit 163,000 sont nés en Algérie et beaucoup ont contracté des alliances a\·ec ks étrangers, ont perdu toute relation avec la mère-patrie et sont exclusivement Algériens. Ainsi, c\:st sur un fond algérien que s'agrègent les étrangers annuellement naturalisés, tandis que du dehors s'exerce sur cette formation ethnique nouvelle la pression d'une popubtion italo-espagnolc sans cesse grossissante. A mesure que les Algériens d'origine française vieillissent ou disparaissent, les relations avec la mère-patrie diminuent, les mœurs et les coutumes de France font place à des mœurs et des coutumes composites. La France a favorisé sottement cette création d'une ambiance intellectuelle et morale nouvelle en dotant l'Algérie de services dont le personnel se recrute sur place: professeurs, instituteurs, fonctionnaires de tous ordres dont l'état d'esprit diffère totalement de )a moyenne de l'état d'esprit français. Pour les « Algériens J>, le « Français» est l'ennemi, parce qu'il est le « concurrent » po~sible, le (< rival » éventuel aux places et aux concessions. Quand les antisémites disent: l'Algérie aux Algériens, cela signifie: Aux Algériens établis déjà sur la terre africaine les millions de la métropole et les millions de l'impôt arabe. La France, en effet, dépense tous les ans des sommes considérables pour la colonisation, pour l'entretiei1 de ses troupes; la contribution arabe fournit également des sommes importantes qui viennent grossir d'autant les budgets municipaux et départementaux. Tout cela est la proie des •

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