REVUE DES LIVRES 3ïï mais je souris en dessous. Alors ils entrèrent en fureur. On me ligota les poignets avec une corde attach<'.:ede près :1 la queue du che\·al, et de Constantine à Biskra, je fus trainé ainsi, dans cette attitude insupportable, les bras tendus en a\'ant, ce qui dé.:uplait la fatigue: de la marche. Le régime du bataillon d'Afrique est semiblement le mè:me que .:elui des compagnies de discipline, sauf qu'au bataillon, la promiscuité est plus ignobk, le milieu étant plus dégradé. On y envoie, en effet, les condamnés de droit commun, et beaucoup de p<'.:dérastes. Dans l.i co111pagnie où je tombai en arrivant, la 2c, commandée par le capitaine Oudry, surnommé « scorpion », le cadre des sous-officiers n'était pas au compkt. li n'en formait pas moins une collection remarquable de gredins. Il se composait de quatre sergents et .d'un fourrier faisant fonctions de sergent-major. Sur ces cinq sous-ollîciers, quatre avaient été con<lamnè:s pour vol et le cinquit::me, le sergent Fürbach, avait été naguère en\·oyé au bataillon d'Afrique, pour « tent,Hi\·e de \·iol sur L1 personne de jeunes en fonts de troupe placés sous s;1sun·cillan.:e ». C'est à ça que je devais respect et obéissance, aux termes du rt::glcment ! Que n'ai-je, comme Alain Camb<'.:,au lendemain de ma libér.1tion, réuni mes notes et mes souvenirs encore frais, peut-être aurais-je é.:rit un livre poignant comme Sous /11 C11saq111•. J'l' :cri\·is quelques chapitres de ces souvenirs, dans le Cri du Peuplt'. Puis les incidents de l.t vie 111'emportèrent \'ers d';wtres luttes. Et tout à l'heure j'allais me coucher, pour obéir aux prescriptions des médecins, qui me d.::fendent de \·eiller, quand ce volume m'est tombé sous la main. Je le feuilletais d'abord distraitement, lorsque j',ti lu l'.1rrivée d'Al:!in Cambé il Gafsa, à la 1re compagnie de discipline. Alors ces lignes lues au hasard ont évoqué le p,tssé des misères d'autrefois et j'ai dévoré le livre d'un trait, en proie à une sorte de douleur n'.!trospcctive aigu-:, car les souffrances que raconte l'auteur je les ai éprouvées; les tortures physiques et morales qu'il narre 111'ont étreint aussi. Moi aussi, j'ai eu peur du conseil de guerre. Moi aussi j'ai désespéré de la libération finale ... Et ce régime de terreur a pesé sur moi trois mortelles années et demie, revécues en lisant Sous la Casaque. Je n'ai pas voulu remettre à demain l'expression du sentiment <le reconnaissance que je dois à l'auteur pour a\·oir flétri les abominations commises dans les bagnes militaires d'Afrique. Et c'est ainsi que j'ai été amené à écrire ces lignes un peu incohérentes, la lecture de ce li\·re m'ayant i11\"inciblement reporté aux incidents personnels de Biskra. Il y a tant de ressemblance entre ses tribulations et les miennes! Ainsi, voici comment il fut accueilli à son arrivée il Gafsa : - 1< On me demande à la salle des rapports, c'est le capitaine qui me faisait appeler. Sans autre préambule : t< Vous étes révolutionnaire? me dit-il, les gens de votre espèce, la société doit les supprimer, moi je suis ici son représentant; malheureusement, je ne puis vous appliquer d'autres règlements que ceux existants, mais je n'aurai pour vous ni merci ni pitié. La pitié n'est pas faite pour des révolutionnaires, des canailles et des brigands 1 » Voici, maintenant, comment je fus accueilli. Les arrivants ét.tient sur un rang. Le capitaine Oudry nous interrogeait l'un après l'autre. Avant moi, il questionna un di: mes compagnons de route nommé Gautheron, avec qui je m'étais lié, parce qu'il sortait de Clairvaux, où il disait avoir été emprisonné
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