La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE à une formation de combat à peu près régulière pour la lutte des classes, c'est precisémcnt parce que la civilisation moderne a donné aux phénomènes de la production et de l'échange une importance qu'ils n'a\'aicnt point aux époques disparues. Or, même aujourd'hui, la lutte des classes n'est pas encore deYenuc la caracteristique dominante de la lutte pour la vie: Les financiers luttent contre les financic.rs, les patrons d'une même industrie luttent contre leurs confrères, et les ouvriers d'une même profession luttent contre leurs camarades. D'autre part, les hommes ne luttent pas seulement pou ries satisfactions directes et immédiates que leur procure leur industrie ou qu'ils essaient d'obtenir de l'industrie d'autrui. Peu éclaires sur leurs Yéritables intérêts, il leur arrive de lutter isolément et par masses pour des idées qui sont les images déformées des faits: et l'on voit des foules fanatisées se plonger dans les horreurs des guerres religieuses. Groupés ethniquement ou politiquement sur des territoires d'inégale productiYité, on les voit, patrons et ouvriers solidarisés, lutter contre les patrons et les _ouvriers également solidarises de l'autre côté de leurs frontières. On peut donc dire que la lutte des classes tend à devenir la trame de l'histoire prochaine, qu2 la lutte cconomique s'est dcjà substituée pour une grande part aux autres formes de la lutte, et prévoir qu'à l'associatioQ de classe pour la luttcsucccdcra l'association de tous les individus pour la conquête de la nature; car il est clair que, le jour ou les classes auront pris nettement conscience de leursituation respectiYe, la bataille finale se livrera : comme la classe qui produit est la plus nornbreu;e, et qu'au moment ou elle sera arrivée à cet état de conscience, elle aura prouvé par cela même son aptitude à se diriger elle-même, - ce sera la fin de la lutte entre les classes et entre les individus, la lutte entre les classes supposant déjà la fin de la lutte entre individus de même classe. Dans la conception de Marx, l'indiYidu n'apparaît jamais, et c'est là, selon nous, l'erreur fondamentale. Il disparaît dans cette entité qu'on appelle la classe. A plus forte raison disparaîtra-t-îl dans cette entité plus vaste qu'on appelle la sociétc, quand la lutte des classes aura pris fin. Sa personnalité économique se distingue, éYidemment, pour peu qu'on prenne soin de la demêlcr,car il est certain que les classes et la société se composent d'indiYiclus. Mais sa personnalité civile et morale reste dans l'ombre, et il semble qu'il n'ait avec les autres individus que des rapports de production et de consommation. Cette subordination de l'individu à la classe ou à l'espèce n'est pas plus dans la réalité des choses, que la réduction de toutes les fonctions de l'indiYidu aux nécessités de production et de consommation. Il est exact que les phénomenes de production et de consommation constituent la base solide des autres phénomènes de relation, et que l'individu dont les moyens d'existence sont assurés sera un citoyen plus complet, un être moral

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