La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

RE\"CE PHILOSOPHlQCE 357 quand, avec Saint-Simon, il tentait une restauration du myst1c1sme et du sacerdoce, - il méconnaissait l'ensemble des conditions du milieu social, des aspirations et les besoins individuels, et il tentait d'ébaucher l'avenir avec les traits incomplets et disparates du passé, ·arbitrairement ajoutés à ceux du présent. Mais bientôt acculés à l'impuissance pratique et aux contradictions théoriques, les diverses formes du socialisme utopique disparurent. 1ées du rhe, elles s'envolcrent dans les régions du rêve. Tout en elles ne périt point cependant. Une forte critique morale et sociale, la théorie de l'association industrielle, l'équinlence sociale des deux sexes, tant d'autres précieuses acquisitions, demeurérent; et ces matériaux, puisés dans la nature même des hommes et des choses, serYirent à de nouvelles et plus solides constructions idéales. A cette époque, le positivisme régnait, avec tous ses nécessaires excés. On avait jusque là soumis trop complètement les faits aux idées; on allait, en réaction, soumettre les idées aux faits, si complétement que les idées disparaissaient, étouffées sous les faits. C'est alors que le socialisme théorique parut se réduire aux proportions d'une formule purement économique. En réalité, il se précisait, et, s'il n'embrassait plus qu'une portion restreinte du vaste mouvement humain vers le mieux-être, c'était pour la mieux tenir. Il négligea les rapports juridiques et moraux idéalement exprimés par le langage métaphysique contemporain, en quoi il eut raison. Mais cet excés de prudence lui fit méconnaître les rapports juridiques et moraux réels, ou les lui fit subordonner trop étroitement et trop directement aux rapports économiques. Le fatalisme économique domina et abolit le déterminisme social. Sa forte critique détruisit l'illusion de la liberté individuelle arbitrairement affirmée, en dépit des faits contraires, par les docteurs de l'économique et de l'éthique officielles. Il lui fut facile, en effet, de démontrer que la concurrence entre les individus prétendus libres, mais réellement inégaux de par l'inegalité des moyens matériels et intellectuels de leur liberté, avait pour résultat non une finale liberté réelle pour tous, mais l'asservissement économique, et par conséquent social, des non-possédants aux possédants. Le prétendu individualisme économique, juridique, moral et social ayant éte ainsi et justement détruit par la critique socialiste, celle-ci ressuscita le fantôme qu'elle avait dissipé, afin de pouvoir le combattre dans l'avenir comme elle l'avait combattu dans le présent. La liberté individuelle, ayant eté le mensonge fondamental du régne capitaliste, ne pouvait devenir la vérité fondamentale du régne socialiste. Son cadavre fut donc exhumé par la critique socialiste et condamne de nouveau. L'erreur métaphysique des sciences morales et politiques avait opposé l'individualisme au socialisme; le socialisme tomba dans le piége que ses adversaires lui avaient inconsciemment tendu; et il répudia l'indivi-

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