LA REVUE SOCIALISTE A côté de celui qui tente de revivre un passé mort ou un futur chimérique, il y a celui qui affirme l'évolution progressive antérieure de l'espèce et de l'individu, prétend ne se payer d'aucun rêve d'au-delà, et, néanmoins emploie toutes ses forces d'esprit et d'action à entraver toute évolution ultérieure de l'espèce et de l'individu. Il n'ose pas affirmer que l'humanité est parvenue à son point ultime de développement; mais, faute d'avoir étudie les conditions et les causes multiples de cc développement et d'en avoir acquis une vue d'ensemble réellement philosophique, il isole les unes des autres les données du problème général, et il se trouve condamné à n'obtenir que des solutions partielles et contradictoires, c'est-à-dire forcément inexactes. Pour nous faire mieux comprendre, prenons un exemple: - M. Un Tel est un homme très moderne. La biologie et l'anthropologie n'ont de secrets pour lui que ceux qui n'ont pas encore été découverts dans les laboratoires. Il sourit d'un air supérieur quand on parle devant lui des aberrations religieuses, et il démontre l'insuffisance philosophique du libre arbitre de la manière la plus scientifique du monde. Interrogezle sur la peine de mort: Il s'en déclare partisan, attendu, dit-il, que la science établit que le criminel est un être anormal,- irresponsable, c'est possible, mais là n'est pas la question - et que la société a le droit de supprimer un individu qui ne s'est pas adapté à elle et qui rayage ses lois comme un loup ravage les bois. M. Un Tel ne se demande pas un instant si la société n'a point, plus que la nature, contribué a la fabrication dr cc monstre. Et il se rencontre tout naïYcment, dans son adhésion à la peine de mort, avec le conservateur qui entend punir, châtier, un membre prétendu conscient du corps social. Les motifs de l'adhésion différent, mais le résultat est absolument le même. Nous objectera+on que M. Un Tel n'est pas un idéaliste, puis qu'il pèche par excès de réalisme scientifique. Nous répondrons qu'en réalité il ne pèche pas par excès, mais bien plutôt par insuffisance de réalisme scientifique, p·uisqu'il se fait une idée incomplète ;et par conséquent inexacte des phénomènes naturels et sociaux. Quiconque ne voit pas les choses dans leur réalité, mais à travers un système qui ne les montre pas sous tous leurs aspects et dans tous leurs rapports, est forcément un idéaliste régressif, puisqu'il substitue au phénomène réel une image faussée et qu'ainsi il se rend incapable de comprendre ce phénomène et d'aider à son holution ultérieure. Au cours de sa phase utopique, pourtant si féconde en géniales prévisions du devenir économique et moral de l'humanité, le socialisme fut, lui aussi, fortement imprégné d'idéalisme régressif. Quand, avec Cabet, il assujettissait l'indiYidu au despotisme de la communauté, et sacrifiait la liberté à l'égalité; quand, aYec Fourier, il allait jusqu'à méconnaitre la valeur politique et morale de la Révolution française ;
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