La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

RE\"C~ PHILOSOPHIQCE 355 employant la méthode régressive, comme 011 peut aller contre le progrés général tout en employant la méthode progrcssin:. li suffit Jans le premier cas d'avoir mis un instant la doctrine de côté et Je s'être trouvé placé en face des faits et de leur évidence triomphante. C'est ainsi que Victor Hugo, spiritualiste et partisan du libre arbitre, dcYançant·les juristes et même les physiologistes d;: son temps, considérait le criminel comme un malade et protestait contre la peine de mort. Dans le second cas, il suffit, tout en ayant suiYi la méthode scientifique, d'avoir oublié ou négligé certains coefficients accidentels ou permanents, pour se trouYcr amené ù des conclusions partielles, ou même générales, contraires au veritable mouYernent des i<lées ou des faits. Mais alors, la rectification s'indiquc J'ellc-mèmc par les conclusions auxquelles on a abouti, théoriquement, et on en est quitte pour se remettre à l'œuuc en serrant la réalité d'un peu plus prés. Il n'en existe pas moins une différence fondamentale entre ces deux mo<les de l'acti,·ité mentale, ou plutôt une équirnque philosophique, morale et sociale; mais, cette équivoque, un examen serieux peut la dissiper aiscment. Nous appelons idéalisme régressif, l'image fausse ou incomplète que l'on se fait des phénomènes et leurs relations. Celui qui étudie les institutions sociales du passé et prétend les utiliser, non comme des documents pour sen ir ~i l'histoire de leur evolution, mais comme des modèles sur lesquels doiYent se calquer les institutions du present, est éYidcmment un idéaliste régressif. Celui qui cherche dans les traditions et les ré\'élations religieuses le secret de son destin professionnel et, méprisant le problème du bonheur individuel et collectif dans cette vie terrestre, le transporte dans une vie extra-terrestre et lui donne une solution arbitraire, est au même degré un idealiste régressif. Le premier et le second de ces idéalistes ~ont d'ailleurs identiques et ne forment genérakmcnt qu'un seul et même individu inapte à progresser, et qui se trouYe dépaysé dans le mouvement des faits et des idées du monde moderne. Ces régressifs ne sont jamais, d'ailleurs, tout d'une pièce. Ils regrettent la corpor3tion du Moyen-Age, mais, actionnaires d'une compagnie industrielle, ils ne se sentent solidaires que de leurs associés, et nullement de leurs ouuiers. Ils affirment que la foudre est clans la élroitedu Seigneur tout en éclairant à l'électricité leurs appartements, et c'est dans les sleeping-cars des trains les plus rapides qu'ils rêvent aux grands bœufs blancs des chars mérovingiens. Très matérialistes, ils acceptent tous les progrès mécaniques qui augmenteront leurs revenus et leurs aises; mais que ces projets transforment et ameliorcnt les idées et les institutions, voilà ce qu'ils ne peuvent admettre; et par là s'accuse encore davantage le caractère régressif de leur idéalisme. Mais ce n'est pas a ce type que se borne l'espéce régressive.

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