RE\'lE PHILOSOPHIQlE 35 I Mais comment M. Justinien peut-il oublier que cc qu'il appelle des exceptions fut autrefois la régie étendue :i presque tous les actes de la vie civile et publique? Ignorerait-il que le droit canon est encore enseigne dans les uni vcrsités catholiq ucs? Cc serait bien extraordinaire de la part d'un ccri\·ain aussi renseigné. Apres tout, peut-être pense-t-il que le temps des étudiants catholiques pourrait être plus utilement employé. Autant les catholiques qui se drapent dans l'intransigeance dogmatique et sociale sont peu dangereux dans un monde auquel ils deviennent de plus en plus étrangers, autant ceux qui tentent de rajeu- ·nir le vieil organisme religieux et de l'adapter aux conditions actuelles de la lutte méritent un examen attentif. Les jésuites, par leur souplesse pratique, ont aidé pendant trois siècles le catholicisme a se survivre artificiellement. lis ont égaré et atténué les coups que lui porta la Réforme, et qui devaient être mortels. En s'accommodant de la science et de la démocratie, naguère encore objets de la haine de l'Église, les docteurs et les politiciens modernes du catholicisme tentent une opération semblable. Le succés ne lui est pas promis pour une durée de trois siècles évidemment, ni même de trois gcnèrations; mais ne serait-cc point déja trop que l'Église pût impunément ramasser les armes qu'elle dédaigna, et les tourner contre ceux qui les forgèrent malgré ses anathèmes et ses persécutions? Ne laissons donc pas dire, sans protester au nom d.e l'histoire, au nom de la \'érité, que l'escla\'age est une des formes incompatibles avee:: l'esprit chrétien, ou que la propriété jus abulendi est une forme antichrétienne de la propriété. Rappelons que l'égalité promise aux hommes n'exista jamais que daus l'au-dela, et que les nations catholiques furent les dernières de la chrétienté a posséder des esclaves, de même que les derniers serfs en France furent des serfs <l'Église. Rappelons qu'a côté des anathèmes des Pères de l'Église contre l'usure et même le prêt a intérêt, l'Église sanctionna le jus ab11te.111li et le pratiqua dans toutes ses formes, notamment en faisant servir au luxe scandaleux de ses prélats d'ancien régime les immenses richesses que les générations lui avaient confices pour le soulagement de la misère publique. Organisons et répandons .l'enseignement de l'histoire sociale, et nous n'aurons pas a craindre que les sociologues catholiques se relèvent du discrédit oü M. Justinien déplore qu'ils soient tombés. * * * Dans la Revue des Deux Mondes du rcr mars, M. Alfred Fouillée examine l'Idée de justice sociale d'apres les écolesconlernporaines. Au risque de paraître m'acharner sur l'éminent auteur de la théorie des
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