La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

35o LA REVUE SOCIALISTE agi sur vous, se sont installées dans votre ceryeau par vos yeux et par vos oreilles. D'autre part, vous avouez avoir souffert de l'insuffisance intellectuelle des « sociologues chrétiens », qui n'ont pas même daigné lire Adam Smith et Auguste Comte. Vous ajoutez avec mélancolie: « Combien surtout qui se soient penchés sur la Yie pour en dégager la riche et complexe formule? Et de cette insuffisante documentation, il a dû résulter, pour la doctrine, des oscillations et des incertitudes, et, dans certaines de ses parties, une forme prématurément rigide; enfin, chez certains collaborateurs, quellè indigence de pensée mal dissimulce sous une copieuse et molle phraséologie. )) Aussi ceux qui croient que la morale chrétienne se suffit à elle-même « n'ont recueilli jusqu'ici, dans le monde des universitcs et des sociétés savantes, que des adhésions timides ou des sourires de pitié ». C'est, en effet, très humiliant pour ceux qui se disent dépositaires des vérités essentielles, d'être convaincus publiquement d'ignorer les vérités scientifiques et les réalités sociales les plus élémentaires. Cela pouvait aller autrefois, alors que l'Église possédait la. toutepuissance et affirmait contenir toute la science. Elle imposait, d'ailleurs inutilement, rétractation à Galilée, ou arrachait le scalpel des mains d'André Vesale. Mais à présent que toute force réside dans la connaissance, il faut autre chose que des affirmations dogmatiques prononcées ex cathedra, et l'on comprend la préoccupation des catholiques intelligents tels que M. Justinien. Ç'a été, avant eux, la préocc·upation des protestants. Ceux-ci, moins gênés par le dogme, plus favorisés par la doctrine fondamentale de la liberté d'examen, ont pu opérer plus tôt et plus adroitement la séparation du spirituel et du temporel, et cantonner la religion dans le for intérieur de la conscience. Tandis que le protestantisme agit sur les socictés par l'individu, le catholicisme agit sur les individus par la société, Et le catholicisme sent très bien, au moins dans ses éléments les plus éclairés, qu'il n'épousera la démocratie, qui est la forme sociale et politique dominante de nos civilisations européo-américaincs, que s'il s'est réconcilié avec la science. Aussi, faisant la part du feu, M..Justinien déclare qu'il n'y a pas dans le Christianisme, comme dans le Mosaïsme, le Mahométisme ou le Brahmanisme, une législation civile faisant partie intégrantedesdogmes. Mais sentant qu'il s'est trop avancé, même pour le présent, il ajoute en note : « Il faudrait faire une exception pour le précepte du repos dominical, et sans doute aussi pour la législation canonique du mariage. Cc « sans doute )) est gros de promesses, ou de regrets. On sent que M. Justinien considere ces deux t:"ct-ptions comme devant un jour disparaître dans la règle qu'il pose, et qui est la séparation du spirituel et du temporel.

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