La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

RE\'L!E PHILOSOPHIQCE 349 calme prudence et ce t:ict supérieùr qui, plus vite et mieux que les procédés révolutionnaires, ont raison des faux dogmes et des ma11Yais n'.:gimes. » Je regarde de nouveau la couverture de la revue que je tiens dans ma main. Mais non, je ne me suis p:is trompé: c·est bien dans un recueil catholique que je prends cette citation, qu'on pourrait croire d'un auteur protestant désireux de s'a,:nexer Darwin et Spencer. Voilà une conception evolutionniste de l'Eglise qui estomaquera bien des fidèles, et le rocher de Pierre en recevra une rude secousse. Comment! l'Église, ainsi que tous les autres organismes sociaux, et que toutes les œnvres de la nature et de l'humanité, serait allée ù travers les siècles de l'imparfait an parfait, de l'inconscient au conscient! Quoi! le Créateur ne se serait pas manifesté à elle d'un seul coup, et c'est par révelations successives que le Saint-Esprit l'aurait éclairée sur la morale et sur le dogme! Mais alors, nous ne sommes pas au bout, puique nous ne sommes pas à la fin des temps: la morale se perfectionnera encore, le dogme se complètera, ou se compliquera, encore. Dès lors qu'est-ce qui distingue la religion des autres créations humaines? Voilà ce que M. Laurent Justinien serait bien aimable de nous apprendre. Catholiques, prenez garde! le raisonnement Yous perdra. Mais :rnssi, quelle imprudence! \'ous avez le surnaturel, et vous le soumettez aux moyens naturels d'investigation! Vous ne pouvez plus vous sauver de là qu'en i1woquant la philosophie hégclienne, et je vous avertis qu'elle est bien usée. En effet, du moment que l'Église n'est qu'un perfectible instrnment et truchement de la Yérit<'.a:bsolue, du moment que par ses imperfections passées et présentes clic n'a offert à l'humanité que de relatifs fragments de l'absolu, qui peut nous garantir à présent leur authenticité et leur valeur? Je vous vois déjà, car vous êtes sur une pente funeste, rejoindre Renan - iI en rirait bien! - et affirmer la creation successive du divin. Maudite rage de raisonner, vas-tu donc détruire les racines mêmes de la foi chez ceux qui te requièrent pour les fortifier contre la sape rationaliste et scientifique! Poison tu es, et non remède. Voilà ce que crie bien haut la saaesse des Pères de l'Éalise. Ah! monsieur Justinien, qu'avez-vous ,:, ,:, fait là! Oui, je vous_ entends bien. Les faits vous obsèdent. Fils d'un siècle où les faits sont tenus en quelque estime, il vous répugne de les mépriser. Vous connaissez l'histoire de l'Église et, ne l'eussiezvous lue que dans Bossuet, vous ne pouvez vous celer les variations de la grande immuable. Vous avez une âme chrétienne, mais vous avez une conscience moderne. L'hostilité de la foi et de la raison, du dogme et de la science, vous chagrinent parce que la raison et la science ont

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