La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE REVUE PHILOSOPHIQUE Dans un curieux article sur le Catholicismesocialet la démocratie chrélie1111e publié par l' Associa/ioncat!Jolique du I 5 fénier, M. Laurent Justinien soutient une thèse dont la hardiesse toute... américaine fera se cabrer l'orthodoxie de M. Brunetière lui-même. A plus forte raison, l'Associalio1c1atholique, bien revenue de ses hardiesses d'antan, qui d'ailleurs ne s'exercèrent jamais sur le terrain dogmatique, ne pouYait la laisser passer sans un avertissement au lecteur. Ce n'est pas par les matiéres mêmes qu'il traite que M. Justinien mérite spécialement de retenir notre a'ttention, mais par le principe sur lequel il se fonde pour prendre licence de les traiter. « Ce qu'on nomme l'esprit chrétien, dit-il, est quelque chose d'infinimcnt souple et tenu, quelque chose d'cssentiellement plastique et qui s'accommode de formes diverses suivant les temps et les pays : mais il est des formes qui l'excluent -- s'il en est qui l'expriment - et c'est contre celles-là qu'il est urgent, ù l'heure présente, de diriger les énergies confondues du christianisme et de la science. » A s'en tenir là, on peut ne voir dans ces paroles qu'une paraphrase des déclarations pontificales, et personne n'ignore que Léon XIII acceptant la démocratie moderne a rectifié Pie IX la réprouvant. Mais voici le nouYcau, l'inatte_ndu, du moins sous la plume d'un écrivain catholique. Illustrant sa pensée par des exem pies et la précisa nt par un commentaire, 11. Laurent Justinien ajoute: « L'escla\·age, par exemple, est une de ces formes incompatibles avec l'esprit chrétien, un homme ne pouvant être, chrétiennement parlant, la chose d'un autre homme. De même la propriété jus abutendi est une forme antichn'.:tiennc de propriété. L'Église a pu cependant tolérer, en fait, et l'esclaYagc et cette forme de proprieté qu'on a appelée quiritaire. Il y a à cela deux raisons : réalisée en la personne de ses ministres et fidèles, qui sont hommes et participer:.t par conséquent de l'humaine faiblesse, l'J::.,glise 11c prend plei11eco11sciC/ldc'e llerné111qeu'avec le te111ps; elle précise successivement sa morale, de même qu'elle définit successivement son dogme. Soucieux, d'autre part, de rendre vraiment efficace son action sociale, l'Église procède avec cette

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