322 LA REVUE SOCIALISTE sions, que fait-il en faveur des centres campagnards de la production agraire? Le premier devoir, la première tâche du parti libéral italien, une fois accomplie l'unité italienne, était de former une conscience populaire italienne. Et comme dans le champ de la vie sociale, il s'agissait de déYclopper avant tout la conscience politique populaire ( qui manque encore malgré le grand mouvement pour l'indépendance italienne); de même, dans le champ économique, il s'agissait de développer avant tout, en un pays agricole comme celui-ci, une conscience agricole populaire, sous la direction des rapides progrès de la science économique et des perfections croissantes de l'instrument technique de production. Tels étaient le devoir et la tâche. Ils étaient difficiles sans aucun doute, surtout en Italie, dans cette nation méridionale, latine, où les énergies individuelles ont les flancs ardents, mais non la constance et la ténacité des nations du nord, dans cette terre classique du césarisme où - en dehors de quelques régions les plus septentrionales - la conscience publique,entre deux accès, s'assoupit et fait que les grandes masses inconscientes, facilement dominées, toujours se tournent en haut, au gouvernement, dans l'attente d'une direction politique aussi bien que d'un aliment cconomique. Latine aussi la classe dirigeante (autant dire le parti libéral). Elle ne voit le bien que pleuvant d'en haut; elle s'occupe, sans y réussir, comme on l'a vu, à reformer l'État, et son action dans le pays est presque nulle. Erreur fondamentale. Le bien social, quel qu'il soit, ne peut surgir que des conditions générales du pays dont l'État même dérive. C'est seulement d'un terrain populaire intellectuellement éclairé, économiquement fort, que peut naître un gouvernement éclairé et fort. L'action qui descend du gouvernement sur les populations est comme le jet d'eau des fontaines. Il n'est abondant et limpide qu'à la condition que soit abondante et limpide la source terrestre qui alimente la fontaine elle-même. Le parti libéral italien ne s'est pas jusqu'ici occupé directement du terrain populaire. Par indolence ou par peur : indolence de populations méridionales, peur de la classe bourgeoise qui craint un réveil excessif des classes inférieures plus nombreuses, petite bourgeoisie et prolétariat. Phcnomène biologique, l'indolence. Erreur mentale, la peur. Contre cette peur notons seulement que désormais, depuis la Revolution française, depuis l'avènement du régime bourgeois, c'est une utopie d'espérer un fécond équilibre social fondé sur la domination d'une poignée de petits clans moins nombreux. et plus riches, d'une oligarchie. L'équilibre social ne peut s'obtenir que fondé sur le gouvernement de la masse de la nation, sur une « polyarchie ».
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