TOLSTOI ET LA QCESTIO~ SOCIALE 317 connait la doctrine qui doit servir de base ù ce nouvel ;îae mais elle 0 ' continue par inertie a conserver les anciennes formes de la vie. De cet antagonisme de la nouvelle conception a,·ec la pratique de la vie, résulte une série de contradictions et de souffrances qui empoisonnent notre existence et exigent sa modification. :\'i l'homme, ni l'humanité ne peuvent re\'cnir en arrière; il leur faut marcher en avant et s'assimiler la conception sui\'antc, supe.rieure. La conscience des hommes ne peut pas être apaisée par de nouvelles inventions, mais seulement par une vie nouvelle, dans laquelle il n'y aura ni besoin ni lieu de se justifier. Le temps viendra - il vient déjà - où les vrais principes de la vie, - fraternité, égalité, communauté des biens, la non-résistance au mal par la violence, - paraîtront aussi simples et aussi naturels que nous le semblent aujourd'hui les principes de la Yic familiale, et la doctrine de l'amour sera la seule base de b1 vie sociale. La vèritè, quand une fois elle s'est exprimée par des mots, poursuit son œuvre jusqu'à cc qu'elle anéantisse tôut ce qu'elle doit anéantir, - le mensonge qui, de toutes parts, l'enserre et la cache. L'idée cherche longtemps l'expression qui la manifestera au dehors; mais qu'elle trom·e seulement le mot qui l'exprime clairement: le mensonge et le mal seront tàt anbntis. Exemple : l'abolition de l'esclaYage. L'une des idces propres au christianisme est assurément que l'humanité peut vivre sans l'esclavage. Or, bien que partie intégrante de la doctrine chrétienne, cette idée n'a etc clairement exprimée que par les écrivains de la fin du dix-huitième siècle. Avant eux, non seulement les païens de l'antiquitc comme Platon ou Aristote, mais les chrétiens du monde moderne ne parvenaient pas a se représenter une socièté humaine sans l'esclavage. Thomas Morus n'a pas pu se représenter son Utopie sans l'esclavage. De même les hommes du commencement de cc siècle n'ont pu se représenter la vie de l'humanité sans la guerre. C'est seulement après les guerres napoléonnicnnes que l'idée a été clairement exprimée que lihumanité peut Yine sans la guerre. Cent ans se sont passés depuis que, pour la première fois, l'idée que l'humanité peut vivre sans l'esclavage a été exprimée, et, parmi les chrétiens, l'esclavage n'est plus; cent ans ne se se passeront pas depuis le jour où, pour la première fois, l'idée a été exprimée que l'humanité peut vivre sans la guerre, sans violence, sans frontière, - et toutes ces horreurs ne seront plus. Bien des signes le montrent : la situation sans issue des gouvernements qui sans cesse augmentent leurs armements; le poids chaque jour plus lourd des impôts et le mécontentement des peuples; la puissance destructive des armes de guerre poussée jusqu'aux dernières limites de la perfection, l'aspiration de tout être humain vers l'Union, la Paix, le Bonheur. Le malheur des hommes provient de leur désunion, et leur désu-
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