LA REVUE SOCIALISTE l'ont acceptée avant eux et l'appliquent a la vie. La marche en avant de l'humanité s'accomplit non parce que les oppresseurs deviennent meilleurs, mais parce que les hommes s'assimilent chaque jour davantage la vraie conception de la vie. Non seulement des individus isolés, mais des groupes d'hommes, des peuples entiers accomplissent la même cvolution. Il nous semble que les exigences de la fraternité uni\'erselle, la suppression des nationalités, la suppression de la proprictc, le prccepte si étrange de la non-résistance au mal par la violence sont inacceptables. Mais plus étranges encore, insensées même, semblaient il y a des milliers d'années, les exigences sociales diverses, comme l'obligation de se soumettre au pouvoir, de payer les impôts, etc. Toutes ces exigences paraissent aujourd'hui simples, compréhensibles, naturelles. Cependant il y a des milliers d'années, elles semblaient inadmissibles. Aujourd'hui, ayanttraYersc cette phase de la vie humaine, nous comprenons les causes rationnelles du groupement humain en familles, communautés, États; mais, dans l'antiquité, la nécessité de pareilles réunions a été prcsentée au nom du surnaturel, et confirmée par lui. Elles semblaient inacceptables, toutes les exigences de la vie sociale, même celles de la vie familiale. Les religions patriarcales divi:- nisaient la famille, la race, le peuple; les religions sociales divinisaient les rois, les États. Même aujourd'hui la plupart des ignorants se soumettent aux lois sociales, non pas d'après la conscience raisonnce de leur nécessite, non pas parce qu'ils ont une idée de l'État, mais par un sentiment religieux. La conception sociale servait de base aux religions parce que, a l'époque où elle a été proposée aux hommes, elle leur paraissait absolument incompréhensible, mystique et surnaturelle. Nous qui avons subi, il y a déja des milliers d'annèes, la transition de la conception animale de la vie :\. la conception sociale, nous croyons que cette transition ctait alors nécessaire, naturelle, tandis que celle-ci, dans laquelle nous nous .trouYons depuis• dix-huit cents ans, nous paraît arbitraire, artificielle et effrayante. Mais cela nous semble ainsi seulement parce que la première transition est déja accomplie, et que les mœurs qu'elle a fait naître nous sont devenues habituelles, tandis que la transition actuelle n'est pas encore terminéè et que nous deYons la poursuine consciemment. Des siècles, des milliers d'années ont passé aYant que la conception sociale ait pénétré dans la conscience des hommes. Elle a passé par diverses formes et est entrée aujourd'hui dans le domaine de l'inconscience par l'hércditc, l'éducation, l'habitude. C'est pourquoi elle nous semble naturelle. Mais il y a cinq mille ans, elle paraissait aussi peu naturelle et aussi effrayante que la doctrine chrétienne, dans son véritable sens, et le leur semble aujourd'hui. L'humanité entre maintenant dans un âge social nouYeau. Elle
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