TOLSTOI ET LA QUES'fl0:-1 SOCIALE 315 Que faire? - La question est résolue par l'homme qui dit : « Pour moi, je n'ai plus besoin de l'État, pour 111oi je ne peux plus commettre les actions qui sont nécessaires :i son existence. Organisezvous comme Yous l'entendrez, ·moi je ne puis demontrcr ni la nécessité, ni l'inutilité de l'État, mais je sais cc dont j'ai besoin l't Cl' qui m'est inutile, cc que je peux faire et cc que je ne peux pas faire. Je n'ai pas besoin de m'isoler des hommes des autres nations, c'est pourquoi je ne puis pas reconnaître appartenir cxclusiYement ù une nation quelconq uc et je refuse toute sujétion; je sais que je n'ai pas bcsoi n de toutes les institutions gouvernementales actuelles, c'est pourquoi je ne puis, en privant les hommes qui ont besoin de mon travail, le donner sous forme d'impôt, au profit de ces institutions; je sais que 111oi je n'ai besoin ni d'administration ni de tribunaux basés sur Li Yiolence; je sais que moi je n'ai pas besoin d'attaquer les hommes des autres nations, de les tuer, c'est pourquoi je ne puis participer à b guGrre, ni m'y préparer. >> Pour celui qui dira cela, la question sociale sera rcsoluc. L'homme social ne peut s'affranchir qu'isolément. Si l'homme, par suite de la conscience supérieure qui est née en lui, ne peut plus accomplir les exigences de l'État, s'il ne peut plus s'y enfermer et en mèrne temps n'a plus besoin de la protection de l'État, la question est résolue par l'homme lui-même qui a déjù passé la forme de l'État et qui en est sorti. L'a111élioraiiod1e1s co11ditio1d1es la vie, l'accord de la réalitéet de la co11sciencsefera 11011 par 1111reéorga11isatiov1i1oleutede la société,mais par suite des effortsperso1111del'is11divid11issolés. Tant que chaque homme ne Yivra pas isolément scion la doctrine de l'amour et de la non-résistance au mal par la violence, les nouYelles formes de la vie ne s'établiront pas. Personne ne peut accomplir les commandements de la loi extérieure lorsqu'ils ne sont pas d'accord avec la loi de l'amour. Il S1Jffirait à l'homme de s'assimiler la conception de la non-résistance au mal, pour voir tomber d'elles-mêmes les chaînes qui lui 5emblent si fortes, et pour se sentir tout à coup complètement libre, comme Foiseau qui prend son vol pour la première fois. Toute violence, la guerre, le brigandage, les exécutions s'accomplissent non par les forces inconscientes de la nature, mais par des hommes aYeugles et privés de la connaissance de la Ycrité. Et plus il y a d'hommes qùi se pénètrent de la nouvelle vérité et plus cette vérité est assimilable, plus elle proYoquede confiance chez les hommes d'une culture inférieure. Toute véritc nouvelle c.ui change les mœurs et qui fait marcher l'humanité en avant n'est acceptée tout d'abord que par un petit nombre d'hommes qui ont parfaitement conscience de c.ette vérité. Les autres, les hommes d'une culture inférieure, l'acceptent d'un seul coup par la seule confiance qu'ils ont en ceux qui
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