TOLSTOI ET LA Ql'ESTION SOCIALE combattant considère comme un mal. Les hommes investis d'une autorité religieuse considéraient comme un mal ce que des hommes et des insthutio.ns, investis du pouvoir civil, considéraient comme un bien, et vice versa; et la lutte devenait de plus en plus acharnée, et elle continue de nos jours. Les hommes croient sou\'ent que la question de la nonrésistance au mal par la violence est une question secondaire et qu'on peut négliger. Cependant, elle est posée par la Yie même devant tout homme qui pènse et elle réclame absolument une solution. Cette question est la base de la vie sociale. li faut absolument, à chaque lutte nouvelle, décider s'il faut ou non s'opposer par la violence à ce que l'on considére comme mal. Cette doctrine consiste non seulement en ce fait, qu'il ne faut pas s'opposer au mal par la "Violence, mais aussi dans une nouvelle conception de la vie dont l'application à la vie sociale aurait pour résultat de faire disparaître la lutte entre les hommes non pas en soumettant une partie d'entre eux ;\ des autorités, à des violences, mais en supprimant la violence, contre personne, dans aucun cas. Le monde a éte grossicrement trompé lorsqu'on a assuré aux hommes que la doctrine du Nazaréen: 1 e résiste pas au mal par le mal; est conciliable avec la guerre, les tribunaux, les exécutions, le serment, le patriotisme, et en général avec la plupart des institutions de la Yie sociale et politique. Pour tout homme sincère il ne peut pas ne pas être hident que la doctrine du pardon et de l'amour ne peut pas se concilier avec l'État, avec son despotisme, sa violence, sa justice cruelle et ses guerres. Au contraire, c'est ce principe qui oblige tout chretien à n'obéir à rien ni à personne en dehors de sa propre conscience. Le principe de la non-résistance au mal par la violence est attaqué de deux camps opposés : par les conservateurs, parce que ce principe empêche la résistance au mal fait par les révolutionnaires, leur persécution, leur exécution; et par les révolutionnaires, parce que ce principe empêche la résistance au mal fait par les conservateurs et leur renversement. La violence pour défendre son semblable d'une at;tre violence n'est jamais justifiée; parce que le mal que nous voulons empêcher n'étant pas encore commis, il nous est impossible de deviner quel sera ie plus grand, du mal que nous allons commettre ou de celui que nous voulons arrêter. Nous exécutons un criminel pour en débarrasser la société, et rien ne.nous prouve que ce criminel n'eût pas changé demain, et que son exécution ne soit une cruauté inutile. Nous emprisonnons un membre de la société, dangereux à notre avis\ mais demain cet individu pourrait cesser d'être dangereux et par suite, son emprisonnement devient inutile. Quel mal immense doit résulter et résulte en réalité du droit reconnu aux hommes de prévenir les méfaits qui pourraient arriver! Depuis l'inquisition jusqu'aux bombes à dynamite, lesex<'.:cutions
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