TOLSTOI ET LA QUESTION SOCIALE 3 I I vail de plus en plus consid~rablc qui remplira de plus en plus sa vie. Il ne cherchera pas à acquérir des choses inutiles, qu'on nomme propriété. La propriété signifie cc qui a été donné, cc qui appartient :'r moi exclusivement, cc dont je peux toujours faire tout cc que je veux, ce que personne ne peut jamais m'otcr, ce gui reste toujours mien jusqu'à la fin de m:i. vie, et ce que je dois spécialement employer, accroître, améliorer. Or, cette propriété, pour chaque homme, c'est lui-même et lui seul. Quiconque se mettra à traYailler pour accomplir la loi de la Yic, c'est-à-dire travaillera pour satisfaire à la loi du travail, se YCrra délivré de cette superstition néfaste, la propriété imaginaire. Le traYail manuel deviendra pour lui un agent moral capable de purifier l'i'1me humaine. Quand l'homme· cessera de croire à la proprieté imaginaire, alors seulement il cultivera sa vraie propriété, ses facultés, son corps, son esprit, de telle maniérc qu'ils lui donneront des fruits au centuple et un bonheur dont il n'a pas l'idée; seulement alors il deviendra un homme utile et bon; partout, pour tous, il sera un frcre. IV Tout le mal de notre vie semble exister seulement parce qu'il <:xistc depuis longtemps et parce que les hommes qui k commettent n'ont pas pu apprendre encore a ne 'plus le faire, car en réalit6 ils ne veulent pas le faire. Tout le mal semble avoir une cause indépendante de la conscience des hommes. Si étrange et si contradictoire que cela puisse paraître, tous les hommes de notre époque d6tcstcnt ce même régime qu'ils soutiennent. Les hommes se mettent eux-mêmes sous le joug: ils en souflrcnt, mais ils croient que cela doit être ainsi et que cela n'empêchera pas l'affranchissement de l'humanité, qui se prépare quelque part, on ne sait comment et malgré l'oppression toujours grandissante. Il suffit de comparer seulement la pratique avec sa theorie pour s'effrayer devant la contradiction flagrante des conditions de notre existence et de notre conscience. Notre vie est en contradiction constante aYcc tout ce que nous saYons et tout ce que nous considérons comme nccessairc et obligatoire. Cette contradiction est dans tout, et dans la Yie économique, et dans la vie politique, et dans la vie internationale. Les hommes chcrchrnt à cacher la nécessité chaque jour plus évidente.d'un changement dans l'ordre de choses actuel, mais la vie, qui continue à se développer et à se compliquer sans changer sa direction auomente les contradictions et les souffrances des hommes , ::, et les amène à cette limite extrême qui ne peut être depasséc. Au lieu de regarder comme naturel, que toute notre existence soit basée sur l'idée de coercition; que chacun de nos amusements nous soit fourni
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