La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

24 LA REVUE SOCIALISTE attitude. A Gotha, il déclara ne YOir dans cette question qu'une question pratique,' dont la solution peut Yarier selon les cas. Et ce point àe vue n'a pas cté abandonné jusqu'ici. Aussi une déclaration entièrement libre échangiste heurterait-elle une tendance présente dans le parti. Il s'est toujours trouvé des députés qui reconnurent les services que peut rendre la protection douanière: qu'il suffise de citer von Schweit;:er, Bracke, Kayser, Hasencle\'er; et actuellement peut-on nier la présence chez beaucoup de nos camarades de dispositions protectionnistes? Lorsqu'on parle de coolies, d'ouvriers étrangers travaillant à bas prix, que l'on ne veut pas laisser entrer chez nous, n'est-ce pas du protectionnisme? Et si nous ne laissons pas entrer ces ouniers, ne sera-t-il pas un jour nécessaire d'arrêter les marchandises qu'ils fabriquent chez eux? Et Schippel concluait que la question du libre échange et du protectionnisme ne peut pas devenir, pour le prolétariat, une question de classe, et que sur cette question le Congrès doit laisser pleine liberté à ses reprcsentants au Reichstag. Contre Schippel, Kautsky, dans son rapport, soutint la thèse du libre échange. Il s'efforça d'établir que l'industrie allemande peut se passer de drojts protecteurs, rechercha les causes qui la rattachent aujourd'hui encore i la politique protectionniste, essaya de déterminer les conséquences économiques et politiques du protectionnisme. Il fonda son affirmation, que l'industrie allemande peut se passer de protection douaniere, sur l'analyse de ses conditions présentes aussi bien que sur des considcrations relatives à son histoire. Il montra comment, par la quantité et la qualité du travail effectué, par la perfection des machines qu'elle utilise, par les capitaux, par les maticres premicres dont elle dispose, par la médiocrité de besoins aussi bien que par le haut niYeau de culture scolaire et de déYeloppement intellectuel du prolétariat qui lui fournit son travail, elle est de force à supporter sans désavantage la libre concurrence de l'industrie étrangère. Le cri d'effroi poussé par les Anglais ne justifie-t-il pas cette analyse? - Et d'ailleurs, si nous jetons un regard sur le passé, est-ce la protection qui a permis à l'industrie allemande de se déYelopper? Non, sous l'influence des agrariens, l'Allemagne était libre échangiste lorsque son industrie était faible encore; l'industrie allemande s'est développée sans protection. Cela ne prouve-t-il pas que la protection lui est aujourd'hui inutile? Schippel voudrait que la démocratie socialiste combattît la protection douimière de l'agriculture et se prononçât pour la protection de l'industrie. Mais une pareille attitude ne saurait se défendre. « Si nous voulions aujourd'hui supprimer les droits sur les denrées alimen-

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