TOLSTOI ET LA QCESTION SOCIALE bien n'est possible qu'à la condition de reconnaître l'unité de tous les hommes du monde sans exception. I I I Pour a\'eugler la majorité, la minorité a inventé la fable que le genre humain constitue un organisme vivant et que les hommes sont des différentes particules d'organes ayant chacun leur mission spéciale qui sert à l'organisme entier. Cette théorie ne tend qu'à faire reconnaitre la di\'ision du travail qui existe dans la société actuelle. Il suffit, en effet, Je considerer la société humaine comme un organisme et dès lors chaque membre de la société peut estimer que son activité, quelque forme qu'elle prenne, est une activité fonctionnelle Je l'organisme du genre humain, sans qu'il soit besoin de s'inquiéter s'il est juste que les membres de la societé, en profitant du travail d'autrui, fasse uniquement ce qui lui plaît, ni si la diYision du travail entre la cellule du cerveau et celle des muscles est équit\_ble. Comment ne pas admettre une théorie si séduisante, pour pouvoir ensuite ,·ine d'une vie débridée, fort d'un appui dit scientifique ? C'est sur cette doctrine que se fonde la justification de l'oisiveté et de la cruauté de certaines classes de la société. La distribution du tranil est la loi de tout cc qu.i existe, elle doit donc régir les sociétés humaines. Mais la distribution du travail qui est établie dans notre société est-elle juste, est-elle vraiment celle qui doit être? La distribution du travail est une co.ndition de la vie des orga.nismes et des sociétés humaines, mais qu'est-ce qu'on doit, . dans les sociétés humaines, considérer comme la distribution organique du travail? Une distribution du travail peut-elle être légitime lorsqu'elle ne peut être reconnue ni par la raison ni par la conscience? Seule est juste une division du travail admise par la conscience et la raison. Et la conscience et la raison de tous les hommes résolvent cette question simplement et unanimement : l'homme doit travaillei: selo1~ ses forces physiques, intellectuelles et morales. Mais quand un homme peut viwe par le travail des autres, se considérant comme leur cerveau, ce n'est point là la division du travail, c'est uniquement l'usurpation du travail d'autrui par le plus fort. Nous sommes le cerveau du peuple. Lui, nous nourrit, et nous, nous l'enseignons. Mais que lui avons-nous enseigné et que lui enseignons-noL1s, puisque nous ne savons rien nous-mêmes? L'essence propre du travail est telle, que la satisfaction de toutes les nécessités de l'homme réclame cette même alternance des diverses formes du travail, qui fait du tranil non pas une charge, mais une joie. S'il faut travailler de ses mains, c'est que la vie consiste
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