LA REVUE SOCIALISTE nobles ou yi]es, descenclance de Japhet ou de Cham. Non seulement les plus o-rands sao-cs du 11101:de,les éducateurs de l'humanité, Platon, t, t, Aristote etc ... , justifiaient l'esclavage et démontraient sa légitimité, les hommes de l'antiquité et même du Moyen-Age croyaient que les êtres humains ne sont pas égaux, que les véritables hommes étaient seulement les Perses, seulement les Grecs, seulement les Romains, seulement les Français; mais nous, nous ne_pouvons plus croire ù cela, - et ces hommes qui, à notre époque, se donnent tant de mal pour défendre l'aristocratie et le patriotisme, ne peuvent pas croire ce qu'ils disent. On prêche de notre temps non seulement le patriotisme et l'aristocratisme comme il y a deux mille ans, mais encore l'épicurisme le plus grossier, la bestialité, avec cette seule différence que les hommes qui l'ont prêchée jadis y croyaient tandis qu'aujourd'hui les pn'.'.dicateurs ne croien~ pas en ce qu'ils disent et n'y peuvent croire parce que cela n'a plus de sens. On ne peut pas rester en place quand le sol est en mouvement: si on n'avance pas, on recule. Le patriotisme a pu être une vertu dans le monde ancien, où il exigeait de l'homme un dévouement à l'idcal le plus élevé qui lui fùt alors accessible, celui de la Patrie. Mais comment le patriotisme pourrait-il être une vert~l pour notre époque, alors qu'il réclame précisément le contraire de ce que notre morale nous commande, alors qu'au lieu de nous faire regarder les hommes comme tous freres, il nous fait considérer un État et une Nation comme supérieurs à tous les autres? C'est peu de dire que ce sentiment n'est plus de nos jours, une vertu, mais un vice: à proprement parler, le vrai patriotisme n'est même plus possible de nos jours, parce qu'il n'a ni fondements matériels, ni fondements moraux. Le patriotisme pouvait avoir un sens dans le monde ancien où chaque peuple, plus ou moins homogene, professait la même religion d'État, se soumettait à la puissance illimitée d'un chef divinisé et se considérait comme une île au milieu de l'océan des barbares qui tentait de la submerger. Mais quelle peut être la signification de ce sentiment à notre époque ? Pourquoi un homme ira-t-il de nos jours, s'il est Russe, tuer des Français ou des Allemands; s'il est Français, tuer des Allemands, quand il sait fort bien, si peu instruit soit-il, que ces peuples contre lesquels bouillonne sa haine patriotique, ne sont pas des barbares, que comme lui, ils ne desirent que la paix, J'échange pacifique du travail, et qui souvent sont liés à lui par des intérêts commerciaux ou intellectuels? Il arrive même qu'un homme trouve chez un peuple voisin plus d'éléments utiles et plus de traits de ressemblance que chez ses propres concitoyens. L'union d'un homme avec les autres hommes - ne peut pas être rompue par la ligne d'une frontiere ou par le décret d'un gouvernement qui <lc'.:cideque tel individu appartient à tel ou tel autre peuple. Tous les hommes sont partout frères et egaux. Le vrai
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