TOLSTOI ET LA QUESTrON SOCIALE bien il est stupide d'infliger une punition à des hommes corrompus et faibles et de les déporter d'un lieu dans un autre, ou de les cmprison11er, puisque étant assurés d'existence et rest:rnt inoccupés, ils 11efont que se corrompre et s'affaiblir davantage; combien il est cruel et insensé de ruiner le peuple par des armements militaires, et de le décimer par des guerres qui ne peuvent aYoir aucune explication, aucune justification. Et cependant ces violences continuent et elles sont encouraaées t"> par ceux mêmes qui voient leur inutilité, leur stupidité, leur cruauté et qui en souffrent. Les gouvernements affirment que les :irmées sont nécessaires partout pour la défense extérieure. C'est faux. Elles sont née::cssaires surtout contre les citoyens eux-mêmes, et chaque soldat participe malgré lui aux violences de l'État sur les citoyens. Les savants se réunissent en congrès, en sociétés; ils prononcent des discours, banq uettcnt, portent des toasts, publient des renies et démontrent ainsi par tous les moyens que les peuples forcés à entretenir des milliers d'hommes sous les armes sont à bout d'efforts et que ces armements sont en opposition aYcc le progrès, les intérêts et les désirs des populations, mais que, en noircissant beaucoup de papier, en débitant beaucoup de paroles, on pourrait remplacer la guerre par l'arbitrage, on pourrait mettre tous les hommes d'accord et faire qu'il n'y ait plus d'intérêts opposés et, partant, plus de guerre. Or, comme c'est l'armée qui donne au gom·ernement le pouvoir, le gouvernement ne renoncera jamais à l'armée et à sa raison d'être : à la guerre. L'erreur vient de ce que les savants juristes, - en se trompant et en trompant les autres, - affirment dans leurs livres et dans leurs discours que le gouvernement n'est pas ce qu'il est : une réunion d'hommes qui exploitent les autres; mais, d'après la science, la représentation de l'ensemble des citoyens. Ils l'ont affirmé si longtemps qu'ils ont fini par y croire eux-mêmes; ils n'admettent pas la question qui se présente naturellement à quiconque a son bon sens : est-ce que, moi, je dois y prendre part? A leur avis, ce genre de question n'existe même pas, et tout homme, quelle que soit son opinion personnelle sur la auerre doit servilement se soumettre aux exigences du 0 , pouvoir. L'homme de l'antiquité pouvait vivre tranquillement au milieu d'une organisation sociale où les hommes étaient divisés en maîtres et en esclaves, puisqu'ils croyaient que cette division venait de Dieu et qu'il n'en pouvait être autrement. Mais une division semblable estelle possible à notre époque? L'hommt: de l'antiquité pouvait estimer comme son droit de jouir des biens de ce monde, au détriment des autres hommes, en les faisant souffrir de générations en générations, parce q?'il croyait que les hommes appartiennent à diverses origines
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