TOLSTOI ET LA QCESTIO~ SOCIALE et c'est seulement par la violence physique, c'est-a-dire l'emprisonnement, la torture, ou par la menace de ces chàtiments, qu'on peut forcer l'homme à faire ce qu'il ne Yeut pas. C'est en cela que consiste et a toujours consisté le pouvoir. La base du pouvoir est la Yiolence physique; et la possibilité de faire subir aux hommes une violence physique est due surtout à des hommes mal organisés, de telle façon qu'ils agissent d'accord tout en se soumettant à une seule Yolontc. Ces rcunions d'individus armés qui obéissent à une volonté unique forment l'armée. Le pouvoir se trouve toujours dans les mains de ceux qui commandent l'armée, et toujours tous les chefs de pouvoir se soucient de l'anrn:e plus que de toute autre chose, et ne flattent qu'elle, sachant que si elle est avec eux, le pouvoir leur est assuré. C'est cette composition et cette force de l'armée, nécessaires à la garantie du pou\'Oir, qui ont introduit dans la conception sociale de la vie le germe démoralisateur. Tous les procédcs connus, et le droit divin, et l'élection, et l'héredité, donnent les mèmes resultats négatifs. Aucun de ces procédés n'est capable d'assurer la transmission du pouvoir aux seuls infaillibles ou même d'empêcher l'abus du pouYoir. Au contraire, ceux. qui le possèdent - qu'ils soient souverains, ministres, préfets ou sergents de ville, - sont toujours, parce qu'ils ont le pouvoir, plus enclins à l'immoralité, c'est-à-dire à subordonner les intcrêts généraux ù leurs intérêts personnels, que ceux. qui n'ont pas le pou\'oir. Pour que la domination des uns sur les autres atteignit son but, pour qu'elle pût limiter la liberté de ceux qui font passer leurs intér0ts privés avant ceux de la société, le pou\'oir eût dù se trom·er aux mains d'infaillibles. Ce n'est que dans ces conditions que l'organisation sociale pounit se comprendre. Mais comme cela n'existe pas, l'organisation sociale basée sur l'autorité ne peut plus <:tre justifiée. Jusqu\i présent les hommes croyaient naïvement que le gou\'ernement existait pour leur bien; que sans gouvernement ils seraient perdus; qu'on ne peut sans sacrilège exprimer la pensée de vivre sans gouvernement; que ce serait une doctrine terrible - pourquoi? - d'anarchie, et qui se présente accompagnée d'un cortége de calamités. On croyait comme a quelque chose d'absolument prouvé, que pu_isque jusqu'à présent tous les peuples se sont déYeloppés sous la forme d'États, cette forme reste à jamais la condition essentielle du développement de l'humanité. Si le travailleur n'a pas de terre, s'il est privé du droit le plus naturel, celui d'extraire du sol sa substance et celle de sa famille, ce n'est point parce que le peuple le veut ainsi, mais bien parce qu'une certaine èlasse a organisé ainsi les choses. Et cet ordre de choses contre nature est maintenu par l'armée. Si les immenses richesses amoncelées par le travail sont considérées comme appartenant non pas à tous, 20
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