La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE sirent de plus en plus b Yaleur nominale des billets; il fallut accroitre à cc point leur tirage que chaque année on dut le renouveler. Pour couvrir les frais de fabrication, on ctablit un im~ôt spécial de 2 °/osur le montant de la circulation, impôt payable en argent; en outre, 0 11 fit payer tous les autres impots en nature. Tel fut le systcme etahli par Ahama, de la Transoxiane, ministre des finances de I~houbilaï. M. Polo apprécie lui-même le systemc comme suit: « C'est sans fin le Trésor du Seigneur; et paie de choses que rien ne li couste. Et encore que plusieurs fois en l'an, vait son ban par la Cite: qucchascun qui avcna or, argent, pierres ou perles les portes:\ la seque (caisse) et il les fera bien paier et largement. >> La caisse reprenait les billets, mais à quelles conditions? M. Polo ncglige cc point essentiel. Il conclut : « Or vous ai conté la manicre et la raison pourquoy le grand sire doit aYoir et a plus de Trésor que tous ceux du monde. » La substitution d'une monnaie de papier aux espcces metalliques était en effet une mesure fiscale destince avant tout à enrichir le trésor; le procédé tenait à la fois de l'impôt et de l'emprunt force. • En 12 36, Ogodhaï, fils de Tchingh iz-Khan, consultant un Yieux ministre chinois sur l'émission d'un papier monnaie, celui-ci lui répondit que du temps de la dynastie d'or (celle des Kin) on avait déjà émis u~ papier concurremment avccla monnaie, qu'un ministre gagna beaucoup d'argent avec ce papier; le surnom de Seigneur Billet lui en resta; les choses en vinrent au point que pour dix mille billets on pouvait;\ peine acheter un gâteau de riz; le peuple souffrit beaucoup et l'Etat fut ruiné. Le systcme, ajoute M. Pauthier, fut une des causes de la chute de la dynastie des Mongols. En réalité, il consistait, par la combinaison de l'impôt payable en Yaleurs vraies et l'émission de la monnaie de papier, ;\ accumuler les métaux précieux et autres richesses dans le trésor dès Khans; sous ce rapport les Mongols poussérent jusque dans leurs dernières conséquences logiqL)eS et pratiques le principe que la monnaie est une Yaleur conventionnelle que les princes ont le droit de déterminer arbitrairement. En Russie, l'introduction du papier monnaie fut également due à la conquête mongole; mais il est à remarquer qu'elle y fut sans doute facilitée par l'évolution monétaire antérieure dont clic fut une altération aussi absurde que grossicre. Longtemps annt, vingt morceaux de cuir, d'une dimension et d'un poids déterminé et portant une empreinte officielle représentaient un kounis de peaux; on était parYenu ainsi à aYoir une monnaie à la fois plus abondante et plus facilement circulable que les peaux mêmes serYant précédemment de médium des échanges et de mesure de la valeur. La grivna de cuir remplaca celle de peaux. Puis, kounis et grivnas se déprécièrent bientôt en deYenant monnaie entiérement fiduciaire; la

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