La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

ESSAIS SU[l LA ~IONNAIE, LE CRÉDIT ET LES BA:-.:QUES 293 Russie a toujours vécu en fait sous un régime de pure monnaie fiduciaire; le kounis et la grivna étaient devenus des monnaies conventionnelles; au dix-huitième siècle ce fut le cuivre, au dix-neuYième le papier. Cette dépréciation s'accrut régulièrement a\'ec la circulation de l'argent. Celui-ci s'était peu à peu introduit par le commerce avec les Grecs de Byzance, par les Khasars, commerçants nomades, et surtout après l'arrivée des Mongols. L'argent figure déjà à titre monétaire, dans les traités d'Oleg avec Byzance; c'était donc aussi le résultat de l'influence scandinave; en effet, en 88 5, le même Oleg, d'après la C!Jro11iquede Nestor (chapitre VI), exigea des Radimitches un tribut de 1111 schelli11g par charrue; toutefois pendant longtemps encore les taxes se paient en martres. D'après Fournier de Flaix, « les difficultés monètaires de la Russie sont de tous les temps. Elles tiennent ù l'immensité du territoire et à l'éloignement dans lequel la Russie s'est trouvée des centres de prod uction des métaux précieux et des grands courants commerciaux ». Pendant la pèriode \'aréguienne de Kiew et de Novgorod, la Russie, par ses relations avec Byzance, possède cependant une certaine quantité d'or et d'argent mais en orfèHcrie, ornements sacerdotaux, dorures, mais fort peu de ces 111étaux sont monnayes. La monnaie courante était, comme nous l'avons dit, de peaux de martres et d'écureuils ayant une valeur assez stable :i. raison de leur abondance rclati\'cment aux transactions. Leur production était probablement réglée et nous avons indiqué que la monnaie de cuir en était arriYée :i.portcruue estampille officielle. Dans la grande cité républicaine de Novgorod qui faisait partie de la Ligue Hanséatique, on faisait réguliéremcnt usage d'une monnaie de cuir de ce genre et l'émission sc111blc y aYoin'.:té réglèc de manière ù cc que la valeur n'en fùt pas altéree ni par une rareté ni par une abondance excessives. Au treizième siècle, a,·ant et après l'irruption des Mongols, en r 22 3, la Russie se servait encore de la monnaie de martre, d'écureuil et de cuir; la patte d'écureuil circulait comme une fraction de copcck. Les grands ducs de Moscou devaient s'imposer de lourds sacrifices pour payer, partie en argent, partie en peaux de martre, aux. khans de la Horde d'or, à Saraï ou à Kazan, le montant de leur tribut. Jusqu'au quinzicme siècle, les prix continuerent à être évalués en quantites variables de peaux. de martres et d'écureuils. Notons que, comme médium des échanges, on ne se servait que des martres communes; donc, pour l'intérieur on se servait d'une monnaie inférieure. Au lieu de porter les peaux aux marchés et de les y compter, on se contentait de morceaux de peaux, kounis; bien plus, comme monnaie d'appoint, on comptait par morceaux non de peau, mais seulement d'un membre de l'animal : un museau de martre, un front d'écureuil, une oreille ou une demi-

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