La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

ESSAIS SUR LA MO~~AIE, LE CRÉDIT ET LES BANQCES 287 jugerait en conformité des con\'cntions enoncécs sur le billet souscrit par les Salaminiens. Comme en Grèce, la frappe et l'altération des monnaies étaient des reYenus importants de l'État; c'étaient, comme nous l'a\'ons \'LI, des emprunts déguisés et forcés remboursables en fin de compte par les classes laborieuses. Sous la république, les \'illes reconnues libres, autonomes et alliées, ainsi que les pays confédérés sous le patronage romain, a,·aient consen·é le droit au monnayage, mais de l'argent ~cul, c'est-a-dire de la monnaie locale et courante inférieure suffisante pour la circulation à l'intérieur. En ce qui concerne les mines, sous l'empire, clics appartiennent en général au domaine; celles des particuliers doi,·cnt la dime; les mines d'or sont soumises à une rcdeYancc du septiémc de leur production; du reste, tous les produits doivent être Yendus à l'État sui\'ant un tarif fixé par cc dernier. L'empereur peut seul battre monnaie d'or et d'argent; la frappe du cuivre appartient au sénat jusqu'i Aurélien; beaucoup de municipes avaient cependant l'autorisation du monnayage du cui\Tc. Les particuliers peuYent apporter aux Monnaies le cuiHe, l'argent et l'or pour la frappe, mais il leur est retenu un sixiéme du poids pour les frais de fabrication. Aujourd'hui, en Angleterre, ces frais sont i charge de l'État, c'est-a-dire de la collcctiYité. La valeur morn'.:taire était fixée par l'État, ù la différence de ce qui se pratiquait générakmcnt a Athenes, dont la monnaie honnête continua à circuler dans le commerce extérieur pendant la domination romaine. L'État romain s'attribuait toute la diffl'.:rence entre la Yaleur réelle et la Yalcur nominale des monnaies. Les empereurs continuèrent a s'attribuer le même droit emprunté par les Institutes aux formules des j urisconsultcs. Il n'y eut jamais en réalité à Rome de veritablc système monétaire, pas plus que de crédit public. Tant que le trésor put s'alimenter de monnaies d'or et d'argent par la conquête, tout se maintint, mais, après, on fabriqua des monnaies de tout type et de la façon la pl us arbitraire pour subvenir aux besoins croissants de l'État. La conséquence des altérations monétaires érigées en systcme fut nécessairement la raréfaction continue de l'or et des monnaies honnêtes. Aussi, dans la deuxième période de l'empire, les impôts durent être p~és èn or ou en nature, sinon l'État aurait été la première victime de ses propres agissements frauduleux. Ainsi s'annonçait la rétrogradation médiévale; quand non seulement l'or et l'argent se seront écoulés de l'Europe centrale et occidentale, il ne restera plus en général que le systcme des prestations publiques et pri\'ées en nature, caractéristique du régime féodal.

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