La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE et dont il est au surplus l'idole, l'élu, le patron. On ne lui a pas gardé ri<Yueur bien au contraire, de ses monstrueuses palinodies qui laissent t> ) fort derriére elle les Yolte-faces les plus extraordinaires de nos propres politiciens. On ne lui en Yeut pas, à lui ex-radical, d'être entré dans un aouvernernent conservateur, à lui anti-religicux et partisan des taxa- :::> tions démocratiques, d'aYoir associé ses efforts à ceux des pires adYersaires de la démocratie. Il est vrai qu'il ne s'est allié à tant de nobles personnages, les Salisbury, les Balfour, les Hamilton - que pour se les inféoder - ou mieux se les asservir. En très peu de mois, grâce à la timidité du premier ministre, il est devenu le chef du cabinet. L'impérialisme a été son instrument, son grand mot, sa raison d'être. Par lui, il a capti,·é la noblesse, assez dure pour un parYenu, et la bourgeoisie, en général défiante, sauf à Birmingham. Ce ministre des colonies, relcguant au second, au dix-neuvième plan les questions intérieures, fiscales, sociales, scolaires, religieuses, etc., a trou Yé moyen de mettre les relations extérieures dans son domaine. Il a cristallisé, pour ainsi dire, en une formule unique, le jingoïsme flottant depuis tant d'années. Il a annoncé au pays qu'il deYicndrait le propriétaire principal du Continent Africain et l'héritier quasi exclusif du Céleste Empire; il l~i a montré, que pour être forte, la Grande-Bretagne deYait grouper, syndiquer autour d'elle, ses multiples possessions disséminées sur le globe, et au total, constituer le plus formidable empire qui ait jamais existé. L'impérialisme est deYcnu un terme plein de sens, le plus fascinant mirage qu'on ait encore présenté à une nation; la bourgeoisie et la noblesse, menacées dans leur opulence économique et dans leurs priYilègcs politiques, ont vu en Chamberlain et en son programme le salut certain, la prolongation indéfinie de leurs règnes alliés, et le député de Birmingham a eu la fortune - la gloire - de concentrer en sa pensée la pensée d'un pays qui se donne rarement, mais qui, s'étant donné, se reprend. plus rarement encore. Quoi que fasse ou dise lord Salisbury, Chamberlain est son maître; c'est lui qui propose les alliances et qui injurie les États; c'est lui qui a la faculté d'assimiler, sans soulever de protestations à Londres, le czar Nicolas à Belzébuth, ou de tendre la main à Guillaume II, ou encore de solliciter l'Amérique, ou d'offrir son amitié à la France. Ses procédés diplomatiques sont bizarres, font bondir les ambassadeurs en retraite, ou même les sim pies secrétaires de carrière. Son insolence d'hier n'a d'égale que sa platitude de demain; les changements de front subits qu'il impose à sa politique étrangère ne sauraient être assimilés qu'aux volte-faces de sa propre existence. riais enfin, tel qu'il est et si méprisable que nous le jugions, le personnage est fort, obéi, presque omnipotent. L'impérialisme ne se conçoit guère en dehors de cette curieuse individualité, et l'origine même de Chamberlain, sa dévotion

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