La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

REVUE DES LI\'RES s.1ns être pour la science et pour la démocratie, il tombe sous le sens que le sociali~me proprement dit, dans une étude historique, sera plus nettement dégagé et connu si on l'étudie dans sa forme principale, essentielle, qui affecte le régi me de la propriété. li y eut fort peu de socialisme dans les cahiers de 1789. En dépit de la littérature très agressive contre la propriété, qui se manifesta de 1750 à 1775, par la plume de Rousseau, de ;\lably, de .Morelly, les bailliages et sénéchaussées ne manifestent gl'.:néralement aucune tendance socialiste. « li n'y a pas un seul cahier, dit M. Lichtenberger, dans lequel apparaisse le désir d'une rénovation générale de la société et une hostilité rc.:ellecontre l'état de choses existant. » C'est au 110111 de la liberté et de LI propriété individuelles que tous, ou il peu priis, réclament l'abolition des droits ffodaux. Bien plus, « l'idée de l'impôt progressif, qui fut tant prônée par les philosophes du dix-huitième sil'.:cle,et qui va si \"ite revenir en faveur, est il peine indiquée dans les cahiers. » Il en est de même pour la question des successions et ce n'est que « bien rarement, et seulement il un degré très éloigné», qu'on trouve « des restrictions il la facu 1 té d'hériter ». La période de la Révolution fut une période bénie pour les brochures. « Parmi ces 4,000 ouvrages, dit .M. Lichtenberger, ceux qui critiquèrent dans un sens socialiste quelques-uns des abus de Lt société sont très rares; et ceux qui tirèrent de ces critiques des demandes pratiques vraiment attcnt~toires à l'ordn.: de choses existant sont en nombre encore infiniment plus restreint. » Ainsi, Marat, ;\ qui l'on a fait à bon compte une réputation de socialiste, se borne à demander que l.1 loi prévienne « l'excès d'inégalité des fortunes en leur fixant des limites qu'elles ne puissent franchir ». Dans la Smti11elfr du Peuple, ?-Ionsodive proteste, au nom du quatrième l~tat, « qui n'a pas été appelé it faire entendre sa voix aux États Généraux ». Il s'indigne que « douze à quinze cents citoyens se fatiguent toute l'année pour le repos d'un seul homme ». Plusieurs demandent que les riches fassent, sur kur superflu, la part des pauwes. Dans le même ordre, mentionnons les Quatre cris d'un Patriofl' : « Il est ;\ craindre que la multitude pauvre, proscrite par l'avide égoïsme des propriétaires, ne foule aux pieds les titres inhumains de l.1 propriété. Nourrissez le peuple, ouvrez des ateliers, donnez des terres à ù.::fricher. Garantissez les propriétaires de l'insurrection terrible et peu éloignée de vingt millions d'indigents sans propriété. » i\I. Lichtenberger remarque qu' << il est rare de trouver un langage aussi menaçant » dans les brochures du temps. Or,-ce langage n'est pas à proprement parler un langage socialiste. Toute la critique sociale, ~-compris celle de la propriété, aboutit à demander que l'indigent soit assuré de sa subsistance par tra,·ail ou par secours. Athènes et Rome ont vu se produire de telles réclamations; elles les ont satisfaites, à certains moments; personne ne dit aujourd'hui que, dans ces moments, Athènes et Rome ont été socialistes. On ne peut considérer non plus comme absolument socialistes ceux qui demandent la loi agraire, si égalitaires soint-ils. Gosselin est un égalitaire, Noillac également. De même Rétif de la Bretonne. Chappuis, lui, est nettement communiste. Syvain Maréchal également. Babeuf n'est communiste qu'avec des restrictions. Dans son Cadastre perpétuel il dit : « La terre, mère commune, •.

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