REVUE DES LIVRES ..... L'intelligence a deux pôles, puisqu'elle est orientée ,·ers deux idées, celle du moi indi\'iduel et celle du non-moi universel. La \'Olonté prend nécessairement deux formes et deux directions, l'une de concentration sur le moi ( « devenir individuel », intérêt), l'autre d'expansion ,·ers le non-moi ( « devenir collectif », désintéressement ou force prédominante de l'idée d'autrui). • Un dernier pas dans la réflexion intérieure nous fait comprendre que la plus haute expression de notre moi et de sa spontanéité indépendante n'est pas l'égoïsme, mais l'amour universel d'autrui. Cet achhement de la liberté, c'es_t-à-dire d'un déterminisme supérieur qui constitue la perfection morale, est le suprême désirable. Fournière veut que l'idée de la liberté morale ou de perfection morale, ainsi entendue, soit un idéal capable d'exercer un attrait sur l'être raisonnable. Et en effet, une intelligence qui conçoit l'univers ou l'identification volontaire de son individualité avec l'u1ii,·erscl ne saurait demeurer indifférente à cette idée la plus haute et en même temps la plus large du solidarisme social. Fournière croit au devenir harmonique de l'univers, à l'universelle sympathie évolutive des choses. Et, du transport de cette conception de l'harmonie sympathique à la société humaine, où nul ne peut vivre sans sympathiser logiquement a,·ec ses semblables, selon les lois de l'action réciproque, c'est-à-dire du déterminisme social, - résulte cette conséquence morale que la réalisation du 111oi11divid11d finit par avoir pour condition intégrante celle du vrai moi social, c'est-à-dire que la réalisation de mon Hai moi enveloppe celle d'autrui, et que « l'idéal individuel » est cc irréel et inutile » s'il n'est pas corroboré, sinon remplacé par cc l'idéal collectif ». C'est vers cet idéalisme social que l'humanité est en marche depuis des siècles, et qu'elle marchera encore pendant des siècles, sans jamais l'étreindre complètement, puisque par définition même un idéal n'est jamais atteint et doit avant tout servir d'étoile directric~. i\fais la spirale du progrès est infinie; et de combien d'étapes n'est pas fait le cc devenir collectif» de l'humanité ! La savante éloquence de Fournière nous les indique en une série de tableaux qui ont presque tous déjà passé sous les yeux des lecteurs de la Revue Socialiste, et où sont successivement évoquées les évolutions de la religion, de la famille, de la propriété et de l'État. - De la famille idéale, et de la cité idéale se rapprochera d'autant plus rapidement et complètement l'humanité qu'elle aura plus vite acquis la conscience des possibilités socialistes et l'intelligence aperceptive et motrice de la fatalité économiquê et morale de la disparition Je la propriété capitaliste qui se muera d'abord en propriété collective et finalement et idéalement en propriété communiste. Est-il besoin d'ajouter que Fournière démontre qu'en attendant l'ère dernière, libertaire et communiste, tout l'effort du socialisme contemporain se résume en des tentatives de formulation précise des desiderata du prolètariat, en des essais de traduction en textes législatifs et constitutionnels des vœux populaires, et qu'au point de vue purement économique, toutes les doctrines ~ocialistes tendent à l'organisation du travail et à la distribution de ses bénéfices selon certains principes harmoniques. L'état social est en_souffrance parce qu'au peuple, duc1uclles fictions cons-
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