La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE triomphe de la médiocrité et des Mbleurs, dont Gambetta fut et restera le type achevé et le modèle incomparable. Il serait difficile de préciser exactement l'école politique à laquelle appartient notre auteur et qui est celle de M. Deschanel. Eux-mêmes ne sont sans doute pas définiti\'ement fixés sur les bases générales de la doctrine encore à combiner. Cc n'est ni l'école révolutionnaire, ni l'école socialiste. Ils sont les ad\·ersaires du socialisme, dont les représentants ont pour habitude, comme on sait, de se prosterner tous les matins devant cc stupide souverain qu'on appelle le peuple et de lui jurer obéissance et servilité; pas davantage n'est-ce l'école de la Ré\-olution, dont les principes ont fait leur temps. M. Deschanel l'a proclamé un jour en termes parlementaires dans le demi-ton discret et atténué qui lui sied : les fameux principes sont morts aux cœurs de la génération nouvelle (la leur) et ils ne ressusciteront pas. Alors, quoi ? c'est un peu de ceci et de cela - pleinement ni l'un ni l'autre, un composé, une mixture, où il entre un peu de la Révolution française, de Stuart i\lill, de la Constitution américaine, de b critique socialiste et beaucoup d'ari~tocratie, de distinction - et de littérature. L'absence de distinction et de littérature surtout! voilà ce qui, aux yeux de M. Ernest-Charles, constitue le défaut impardonnable des hommes politiques dont l'influence fut tour à tour dominante au Parlement. La littérature de M. Ernest-Charles est malheureusement comme les déductions « doctrinaires » de .M. Deschanel : un peu difficile à suivre. C'est distingué, subtil, tourmenté, et, le dirai-je? un tantinet ennuyeux. Trés sincèrement, je me suis efforcé à lire son livre d'un bout à l'autre, et j'ai ressenti, à cet effort, la même peine qu'à écouter les discours de M. Deschanel : l'un et l'autre ont beau s'appliquer à faire un sort à chaque mot, à souligner le trait et la saillie par des nuances de geste et d'intonation très variées, je n'en éprouve pas moins l'inévitable besoin de bâiller en lisant celui-ci et en écoutant celui-là. L'idéalisme social, par EUGÈNEFOURNIÈRE.(Un vol. in-8 cartonné.- Prix : 6 francs. - Félix Akan, édit., 108, boulevard Saint-Germain, Paris.) « ... Les fatalités sociales "disparaîtront devant notre vouloir né de notre savoir. - Sans nous et hors de nous, l'univers était un acte de fatalité; par nous et en nous, il deviendra un acte de volonté. » C'est par ces affirmations énergiques qu'ont étQ finies les conférences données par notre ami Fournière au Collège libre des sciences sociales sur l'emploi de !'Idéalisme en Sociologie. Les notes prises pour ces conft!:rences servirent de trame première à la composition des trois cents et quelques compactes pages du volume de l' Idéalisme Social, lequel se termine naturellement par les mêmes conclusions énergiques : Savoir pour Vouloir. Savoir pour Youloir, mais telle pourrait être, s'il était moins modeste, la de\·ise de Fournière, devise que personne ne lui contesterait le droit d'arborer, car toute la vie de Fournièn: tient dans ces trois mots. Tout jeune homme, apprenti bijoutier, il travaillait déjà intellectuellement, il dévorait livres et broclrnres, afin de s'instruire non pas tant pour lui-même que pour les autres, c'est-à-dire afin d'être mieux armé dans les discussions et les réunions pu-

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