REVUE DES LIVRES 245 Majorque des priYilègcs considérables et les métiers inférieurs à leur tour luttent sur le terrain du monopole, mais en vain : la lutte aboùtit à concentrer entre les mains de quelques bourgeois la prépondérance politique et économique, et sous cc régime sévère, ét0uffant, l'organisation corporati,·e va engendrant abus sur abus, dépérissant jusqu'à ce que, enfin, en 1776, l'édit de Turgot vienne achever cc corps sans vie, inanimé, qui n'était plus qu'une sun·ivancc nuisible, dont il était urgent de déblayer au plus vite le sol social qu'il encombrait. Telles sont, dans ses grandes lignes, les constatations faites par i\I. Drapé, qui a réuni pour cette hist0ire locale des corporations une documemation abondante et très suggestive. Il est à souhaiter que son exemple soit suiYi; que partout les travailleurs de bonne volonté se mettent à l'œuvre; qu'on cc.:ssede commenter éternellement les coutumes des corporations paris_iennes, et qu'on recherche dans chaque région, comme i\I. Drapé l'a fait pour le Roussillon, les conditions particulières dans lesquelles a é,·olué la corporation ; ce n'est que lorsque ces recherches importantes auront été faites qu'on pourra avoir une exacte vue d'ensemble des conditions du travail au Moyen-Age et sous l'ancien régime : deux phases historiques bien distinctes, qu'on confond trop souvent. Alors seulement on pourra formuler un jugement moti,·é, non sur l'institution corporative proprement dite, mais sur les institutions corporatives très diverses, qui, selon !'<~poqueet les lieux, tantôt proti:gèrent, tantôt opprimèrent nos aïeux. En attendant, nous félicitons sincèrement l'hist0ricn de la corporation roussillonnaise de l'importante contribution que son line apporte à l'œuvre que nous recommandons. GusTAVE RouANET. Praticiens politiques, par ERNEST-CHARLES(r vol. in-18, Fasquellc.) - Vous seriez-vous jamais douté que M. Paul Deschanel fut « un théoricien • habile à déterminer les règles positiYcs de la politique sociale? un doctrinaire utile, parce qu'il est un doctrinaire actif», d'un « dogmatisme sûr, étant par bonheur sans métaphysique? » i\I. Ernest-Charles découvre en lui toutes ces qualités et bien d'autres encore, dans un Yolume où il passe t0ur à tour en revue Gambetta, Jules Ferry, Clemenceau, Freycinet, Poincaré et Millerand, pour aboutir, à travers les éreintements successifs de ces parlementaires, à la stupéfiante conclusion que i\I. Deschanel est destiné à régénérer le monde politique français, tombé comme chacun sait, dans le plus lamentable discrédit, depuis l'avènement de la démocratie. Car, ne croyez pas que M. Ernest-Charles ait été pris subitement d'antipathie pour ceux qu'il appelle les « praticiens politiques» à la suite des événements répugnants qui agitent et troublent ce pays depuis une quinzaine de mois ; ni que son éloignement des hommes et des choses de la politique date de l'époque boulangiste, période seule comparabk à celle que nous traversons. Non. Ce que les hommes de sa tournure d'esprit détestent, c'est proprement le régime démocratique, où l'action d'une aristocratie politique ne peut se faire sentir. Ce qui les éloigne de la scène po!itique moderne, c'est la basse vulgarité à laquelle est contraint de sacrifier quiconque veut st: faire une place au sein du Parlement. Le Parlement, en effet, est le
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