La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

244- LA REVUE SOCIALISTE Alors on se reporta à cette période anté-révolutionnaire tant maudite, et comme c'est une tendance naturelle à l'esprit humain d'embellir le passé, le passé corporatif devint l'âge d'or primitif des classes ouniéres déchues, tombées avec le régime capitaliste dans un âge de Ier implacable. La réaction, comme toujours, était immodérée et dépassait les justes_ bornes d'un jugement historique fondé, en réhabilitant en bloc des institutions économiques très diverses, puisqu'elles aYaient vécu et évolué sur une période de sept ou huit siècles. L'esprit politique rétrograde avait un intérêt considérable ù encourager cette réhabilitation du passé. C'est :1 lui qu'on doit d't:tre tombé dans un excès fâcheux au cours de ces trente dernières années. Un mouvement en sens inverse s'opère depuis quelque temps et cette fois, tout porte ù croire qu'on arri\·era à déterminer assez exactement la moyenne des a\·antages et des inconvénients que, scion le temps et les lieux, offraient les institutions corporatives. Car, comme le faisait remarquer naguère M. Iiauser, dans son beau livre sur les 011i 1riers du le1J1j1s passé, l'édifice corporatif ne fut pas un modèle uni\·crsel et uniforme d'organisation économique, partout identique à lui-même. Les conditions du travail variaient d'une région à l'autre, et c'est une grande erreur de croire que le livre des métiers de Paris donne une idée exacte du système corporatif de l'époque. ,hec i\I. Drapé, nous assistons aux variations des institutions corporati\·es dans le temps, détermi_ nées, dans un même lieu, par les nécessités générales de la production, par. la lutte des intérêts des classes aux prises et par les circonstances extérieures, telles que b création ou la perte des dO::bouchéscommerciaux, etc., qui modifièrent plus ou moins les bases constitutives de la corporation. Les recherches de M. Drapé l'ont amené à constater trois époques bien différentes dans l'organisation corporatiYc du Roussillon : la première, qui se perd dans la nuit des temps et ,·a jusqu'en I 346. Les plus anciens documents qu'il ait pu consulter dans les archives des Pyrénées-Orienules remontent au onzième siècle. C'est la période de formation naturelle et de pleine autonomie corporatiYe, dans le sein d'une société 0galitaire très rudimentaire. Les ouYriers se groupent naturellement par professions similaires dans des sociétés indépendantes qui s'administrent et se gèrent à leur gré, en dehors de toute immixtion extérieure. Ces ~ociétés se fédèrent, s'unissent, et la réunion des administrations de ces corps autonomes forme l'ensemble de la cité, dont les intérêts politiques et économiques sont ainsi gérés par les représentants directs des intéressés eux-mêmes. Puis, l'industrie progressant, le commerce se développant, une différenciation économique et sociale ne tarde pas à se produire; les métiers dans lequcls la production s'est améliorée et étendue, en conférant à leurs titulaires la richesse, font passer également dans les mains de ces derniers la prépondérance sociale, le pouvoir municipal, c'est-à-dire l'autorité politique. L'égalité primitive est ainsi rompue et on distingue entre la « main majeure», la « main moyenne » et la << main mineure >1. C'est vers r 346 que cette dif.érenciation s'accuse dans les documents étudiés par M. Drapé, et c'est après 1449, à partir du quinzième siècle, que s'effectue la subordination définitive des métiers mécaniques aux collèges bourgeois. A cet effet, la maîtrise des métiers supérieurs s'entoure d'une foule de règles et de formalités qui en rendent l'accès très difficile. Elle obtient de la royauté de

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